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« Traditions de Famille »


  Rendre aux pères de famille la liberté de reconstituer un patrimoine, bien de famille, transmissible de génération en génération, n’est que la moitié de la tâche à accomplir pour recouvrir de nouveau le sol français de vraies familles au sens entier du mot.

  La seconde tâche est d’y faire renaître des traditions. La première n’est en notre pouvoir qu’indirectement, par le législateur; la seconde peut et doit être l’œuvre de chacun dans sa propre maison. On ne peut espérer que d’un grand mouvement d’opinion l’abolition des lois révolutionnaires.

  Mais ce que chacun peut faire, c’est de raviver chez lui l’esprit de famille. Par là, il fera aux siens le plus grand bien qu’il puisse leur faire, et en même temps il préparera la rénovation de la société.

  Car il faut des traditions sous les lois, pour qu’elles aient la force que leur donne l’assentiment du cœur, comme il faut l’éducation familiale sous les traditions pour les soutenir, les maintenir, en faire le principe des mœurs, sans lesquelles les bonnes lois ne sont rien, contre lesquelles les mauvaises lois ne peuvent point tout.

  Il y a quarante ans, le 15 novembre 1871, M. Emile Montégut écrivait dans la Revue des Deux-Monde :

« Tant qu’un vestige de tradition a uni la France nouvelle à la France ancienne, les conséquences de la Révolution n’ont pu se faire jour. Mais lorsque la roue du temps a eu assez tourné pour qu’il ne subsistât aucun débris de ce qui fut, l’heure de la logique a sonné; et les générations contemporaines, élevées dans une société où la révolution seule est debout, écoutent sans étonnement des paroles qui, trente ans plus tôt, les auraient remplis d’erreur et d’effroi ».

  Depuis 1871, la roue du temps a développé quarante nouvelles années, pendant lesquelles l’esprit révolutionnaire a achevé de broyer les derniers débris des traditions de l’ancienne France.

  Et si, il y a quarante ans, on en était arrivé à entendre sans étonnement des paroles qui auparavant auraient rempli d’horreur et d’effroi, aujourd’hui on assiste impassible à des actes qui, dans l’antiquité païenne, eussent révolté les peuples les plus barbares.

  Sur toute l’étendue de la France, les écoles où l’on apprenait aux enfants à connaître, aimer et adorer Dieu, sont fermées par ce motif hautement déclaré par les gouvernants, qu’ils veulent une société où il n’y aura plus que des athées.

  D’où vient cette impassibilité? De ce qu’il n’y a plus dans les esprits d’idées fixes, de principes solidement ancrés dans les âmes, mais seulement des idées vagues et flottantes incapables de mettre l’énergie dans les cœurs.

  Et pourquoi, de nos jours, les idées flottent-elles ainsi? Parce que les idées-mères, les idées-principes n’ont point été imprimées dans les âmes des enfants par des parents qui en auraient été eux-mêmes tout pétris par les enseignements d’aïeuls, imbus déjà de ces vérités par leurs ancêtres.

  En un mot, parce qu’il n’y a plus de traditions dans les familles.

  Il y avait autrefois, et cela partout, une idée presque religieuse attachée à ce mot « traditions de famille » entendu dans sa haute signification, en tant que désignant l’héritage des vérités et des vertus, au sein desquelles se sont formés les caractères qui ont fait la durée et la grandeur de la maison.

  Aujourd’hui, ce mot ne dit plus rien aux nouvelles générations qui arrivent à la vie. Elles apparaissent un jour pour disparaître le lendemain, sans avoir reçu et sans laisser après elles cette source de souvenirs et d’affections, de principes et de coutumes qui autrefois allaient de pères en fils, et faisaient arriver les familles qui y étaient fidèles au-dessus de celles qui les méprisaient.

  Toute famille qui a des traditions les doit, généralement parlant, à l’un de ses ancêtres chez qui le sentiment du bien a été plus puissant que dans le commun des hommes et à qui la sagesse et la volonté ont été données pour l’inculquer aux siens.

« La vérité est un bien, dit Aristote, et une famille dans laquelle les hommes vertueux se succèdent est une famille d’hommes de bien. Cette succession de vertus a lieu quand la famille remonte à une origine bonne et honnête; car tel est le propre d’un principe qu’il produit beaucoup de choses semblables à lui-même ; c’est en quelque sorte son ouvrage de former son semblable. Quand donc il existe dans une famille un homme si attaché au bien que sa bonté se communique à ses descendants pendant plusieurs générations, il suit nécessairement que c’est une famille vertueuse » [¹].

  Tout homme qui veut fonder une « famille vertueuse » doit d’abord se persuader que son devoir ne se borne point, comme le veut J.J. Rousseau, à pourvoir aux besoins physiques de son enfant, si longtemps que celui-ci est dans l’impuissance d’entretenir par lui-même sa vie corporelle. Il lui doit l’éducation intellectuelle, morale et religieuse.

  L’animal a la force par laquelle il subvient aux besoins corporels de ses petits, et cela leur suffit. L’enfant, être moral, a d’autres besoins et c’est pourquoi, outre la force, Dieu a donné au père de famille l’autorité pour dresser la volonté de ses enfants, les faire entrer dans la voie du bien, les y maintenir et les y faire progresser.

  Cette autorité, Dieu l’a voulue permanente, parce que le progrès moral est l’œuvre de toute la vie. Et comme, selon les intentions de la Providence, le progrès doit se développer et croître d’âge en âge, il est nécessaire que la famille humaine ne s’éteigne point à chaque génération : le lien familial doit subsister entre morts et vivants, nouer les unes aux autres toutes les filiations d’une même descendance, et cela, chez les races vigoureuses durant des siècles.

  La pensée de l’homme de bien ne doit donc point s’arrêter à ses propres enfants, elle doit se porter au delà, sur les générations qui suivront et faire que ce qui est vertu devienne tradition chez elles.

  A cela, le Livre de Raison peut contribuer grandement. Commencer ce livre, ordonner à l’aîné de le continuer et de faire la même injonction à son propre fils, est le moyen le plus facile et le plus sûr d’introduire dans une famille des traditions; à une condition cependant, c’est que l’on aura pour règle inviolable de ne prendre d’alliances que dans les familles où règnent les vertus que l’on veut soi-même transmettre à ses propres enfants.

[¹] Fragment conservé par Stobée.

  (Mgr.Henri Delassus, L’Esprit Familial dans la Maison, dans la Cité et dans L’État, Société Saint-Augustin, Desclée,                    De Brouwer, Lille, 1910, pp.146 à 150) [Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France]

 

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