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La cathédrale engloutie – suite

   La cathédrale engloutie

 Gabriel J. Wilson

      Entre la légende et la réalité, il y a toujours une zone nébuleuse et incertaine. Le fait est que la légende d’Is s’est sublimée dans la figure attirante d’une belle cité engloutie, avec une magnifique cathédrale [¹] dont les cloches sonnent au gré des marées… ou des anges !

   La beauté de ce cadre nourrit l’imagination et arrive à présenter Ys comme la plus belle capitale de son temps. Plus tard elle sera remplacée par Paris. Si Lutèce, d’ailleurs, a vu son nom changé en Paris, c’est pour la raison bien simple que par Is signifie, en breton, « pareille à Is ».

   Un proverbe le dit bien :

Abaoue ma beuzet Ker Is / N’eus kavet den par da Baris.

            « Depuis que fut noyée la ville d’Is /
               « On n’en a point trouvé d’égale à Paris »

   Pour l’avenir, un autre couplet breton prédit:

Pa vo beuzet Paris / Ec’h adsavo Ker Is

     « Quand Paris sera englouti / Resurgira la ville d’Is »[²].

*-*-*

   À quoi bon fouiller ces légendes apparemment inutiles à l’homme moderne ?

   On pourrait dire que la ville d’Ys, dans sa beauté ravissante, est pareille aux rêves d’une âme dans sa jeunesse. Elle correspond à un idéal, à un projet pour le futur, aux modèles merveilleux qui nous enthousiasment et nous font désirer d’accomplir de grandes choses. Ys est alors notre rêve, quel qu’il soit.

  Mais l’homme – l’être humain, et donc aussi la femme – est conçu dans le péché. Le mal se mêle à sa vie et détruit ses rêves. Voilà la séduction d’Ahès et la perte de la ville.

  Ys correspond alors aux rêves de notre enfance ou de notre jeunesse, de cette phase de notre vie où l’on n’a point encore été touché par le péché et les déceptions de la vie. Plus précisément, c’est l’innocence.

   Mais que l’on ait été souillé par la boue d’une marée adverse ; englouti par les flots d’évènements qui nous sont contraires, il reste toujours l’espérance représentée par les cloches de la cathédrale engloutie de nos rêves d’enfant.  C’est ce qu’explique le professeur Plinio Corrêa de Oliveira [³]: on peut conserver toujours, même à l’âge adulte, cette innocence du printemps de notre vie, ou la restaurer si on l’a perdue. Pour cela il suffit d’écouter les cloches de la cathédrale de nos rêves innocents et d’aimer le bien que l’on a perdu.

  Cette innocence première peut être simplement naturelle, semble-t-il, mais elle se manifeste surtout dans toute sa plénitude dans l’âme du chrétien fidèle aux grâces qu’il reçoit dès son baptême.

  Oui, théoriquement tout catholique, homme ou femme, fidèle à la grâce de Dieu, peut conserver l’innocence jusqu’au dernier de ses jours. On ne dit pas que ce soit facile, surtout aujourd’hui, alors que l’ennemi n’est pas seulement la faiblesse humaine, mais parfois toute la société qui l’entoure. Mais c’est possible ! Nombre de saints et saintes ont conservé l’innocence au milieu des plus violents combats intérieurs, que ce soit dans la vie publique ou familiale de laïc ou dans l’anonymat d’une cellule de couvent.

   Pour la plupart cette innocence s’épanouit dans l’enfance, avant les tourments provoqués par l’orgueil et la sensualité au cours de cette phase délicate de la vie humaine qu’est le passage de la jeunesse à la vie adulte. On se trouve alors confronté aux difficultés, drames, combats… chutes ! “Vitam hominem super terram militia est”, dit l’axiome latin.

  La personne doit lutter de toutes ses forces – et pas seulement pendant cette période ! – pour ne pas devenir sceptique, pragmatique, matérialiste, sensuelle, ou tout simplement perdre la foi !

   Et pourtant, si elle a péché mais a su conserver un fond d’affection à la vertu, un peu de religiosité, d’honnêteté, de honte, de remords… elle pourra bien se laisser émouvoir par le carillonnement de la cathédrale engloutie qui survit dans son âme!

   A certains moments de sa vie elle aura eu la foi, de la confiance, de la générosité… Et elle aura compris que ce monde n’est rien qu’un passage vers un autre, merveilleux, heureux, parfait, si on est juste ; hideux, malheureux, insupportable, si on est méchant ; éternel en tout cas.

  Si elle ne lutte pas, si elle ne recourt point au secours du ciel, les infidélités, péchés, omissions iront obscurcir la merveilleuse vision de la vie éternelle que nous affirmons dans le Credo.  Et nous nous trouverons dans un monde où la raison de vivre sera engloutie et ensevelie par la mer de nos crimes ou de notre vie dans la banalité sans Dieu !

cet article continue…

  (cliquez ici pour lire la première partie de l’article )

 


[1]   À vrai dire, la légende ne parle jamais de cathédrale. Mais la magnificence dont elle pare d’Ys  justifie qu’on suppose l’existence d’une cathédrale dans la ville du roi.
[2]    Idem, p. 224
[3]    Ce maître à penser du mouvement contre-révolutionnaire Tradition Famille Propriété est l’auteur d’un essai publié seulement en langue portugaise. Cf.  A inocência primeva e a contemplação sacral do universo, Instituto Plinio Corrêa de Oliveira, São Paulo, 2008, Ière Partie, chap. 5, pp. 53 et s.

 

Gabriel J. Wilson, rédacteur et photographe, ancien collaborateur de l’agence de presse ABIM et de la revue Catolicismo, est chercheur en France depuis une quinzaine d’années.

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