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Inégalités justes et nécessaires. Rappel d’une vérité oubliée – Partie 4 suite – Quelques explications

« Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ? »

 

Un fait déconcertant : la popularité du couronnement

Or, pendant que ce typhon souffle avec une force sans précédent, en plein développement de cet immense processus mondial, une Reine est couronnée selon des rites inspirés par une mentalité absolument anti-égalitaire. Ce fait n’irrite pas, il ne provoque pas de protestation et, au contraire, il est reçu par une immense onde de sympathie populaire. Le monde entier a fêté le couronnement de la jeune souveraine anglaise, presque comme si les traditions qu’elle représente sont une valeur commune à tous les peuples.

De toute part affluèrent vers Londres des personnes désireuses de s’émerveiller d’un spectacle si anti-moderne. Devant tous les appareils de télévision se sont agglomérés avides de voir la cérémonie, des hommes, des femmes, des enfants de toutes les nations, parlant toutes les langues, exerçant les professions les plus variées, et ce qui est le plus extraordinaire, professant les opinions les plus diverses.

Dans cet immense mouvement d’âme de l’humanité contemporaine il y a quelque chose de surprenant, de contradictoire peut-être, qui mérite une analyse attentive. C’est l’objet de cet article.

Quelques explications

Ce fait attira l’attention de divers commentateurs qui proposèrent des explications. Les uns rappelèrent qu’à mesure que l’égalitarisme avance, les rois se font rares et qu’un couronnement devient plus singulier, plus étrange et plus intéressant. D’autres, peu satisfaits de ces raisons, cherchèrent des motifs différents. La beauté des cérémonies, considérées en leur aspect simplement esthétique, attirerait l’attention des amateurs du genre. La faiblesse de ces explications est évidente. Tout, dans les nouvelles publiées lors du couronnement, démontre que les masses se sont émues, non d’un simple mouvement de curiosité pour voir la reconstitution d’une scène historique, ou le déroulement d’un spectacle artistique, mais d’un immense mouvement d’admiration presque religieuse, de sympathie, de tendresse même, qui entoura la jeune Reine, mais aussi tout ce qu’elle symbolise, avec l’institution monarchique de l’Angleterre. Si le couronnement n’avait été, pour ceux qui y assistèrent, qu’un simple spectacle historique, une simple curiosité artistique, qui tout aussi bien, si ce n’est mieux, aurait pu être représenté par des acteurs professionnels, comment expliquer alors le frémissement de joie, le renouvellement des espérances d’un avenir meilleur, les manifestations d’apothéoses, les acclamations sans fin de ces journées du couronnement ?

M. Menotti del Picchia(journaliste, poète et membre de l’Académie brésilienne de Lettres) a donné une autre explication. Selon lui, l’homme montre en tous temps et en tous lieux une faiblesse : le goût pour les honneurs, pour les distinctions et pour la pompe. Or, l’égalitarisme austère et rationnel contemporain n’alimente en rien cette faiblesse. Quand une occasion comme celle du couronnement se présente, l’homme éprouve tout le plaisir auquel le portent habituellement ses faiblesses.

À notre avis, il y a beaucoup de gangue dans cette opinion, mais aussi un filon d’or : c’est qu’elle reconnaît y avoir dans la nature humaine une profonde tendance, permanente, vigoureuse, pour la pompe, les honneurs, la distinction, et que l’égalitarisme d’aujourd’hui oppresse cette tendance, engendrant une nostalgie enfouie qui explose chaque fois qu’elle en trouve l’occasion. La gangue se trouve dans le fait de considérer cette tendance comme une faiblesse. Personne ne nie que le goût pour les honneurs et les distinctions puisse être à l’origine de nombreuses manifestations de la petitesse humaine. Mais en déduire que ce goût est en lui-même une faiblesse, quelle erreur ! Comme si la faim, la soif, l’envie de se reposer, et tant d’autres tendances naturelles de l’homme, en-soi très légitimes, devaient être considérées comme mauvaises, erronées, ridicules, du simple fait qu’elles sont l’occasion d’excès et même de crimes innombrables !

Même les sentiments les plus nobles peuvent amener à des faiblesses. Il n’y a pas de sentiment plus noble que l’amour maternel. Cependant, à combien d’erreurs peut-il conduire, à combien a-t-il déjà conduit, et à combien conduira-t-il encore…

 

 

cet article continue…

Article publié au Brésil par le mensuel Catolicismo,  « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement ? »   – Plinio Corrêa de Oliveira, dans Catolicismo Nº 31 – juin 1953

 

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