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Inégalités justes et nécessaires. Rappel d’une vérité oubliée – Partie 4 suite – sentiment de sa propre dignité

« Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ? »

 Une vertu essentielle : le sentiment de sa propre dignité

 

Le goût des hommes pour les honneurs, pour les distinctions, pour la solennité n’est que la manifestation de l’instinct de sociabilité, inhérent à notre nature, si juste en lui-même, aussi sage que les autres instincts dont Dieu nous a dotés.

Notre nature nous amène à vivre en société avec d’autres humains. Mais elle ne se contente pas d’un « vivre ensemble » quelconque. Pour les personnes qui ont un esprit droit, c’est-à-dire exception faite des excentriques, des atrabilaires et des malades des nerfs, le vivre ensemble ne réalise pleinement ses objectifs naturels que lorsqu’il est fondé sur la connaissance et la compréhension réciproque et lorsque, de cette connaissance et de cette compréhension, naît l’estime et l’amitié. En d’autres termes, l’instinct de sociabilité demande, non pas un vivre ensemble basé sur la tromperie et hérissé d’incompréhensions et de chocs, mais un contexte de relations pacifiques, harmonieuses, et amènes.

Avant tout, nous voulons être connus pour ce que nous sommes réellement. Un homme qui a des qualités tend naturellement à les manifester et souhaite que ces qualités lui vaillent l’estime et la considération du milieu où il vit. Un chanteur, par exemple, veut se faire entendre et susciter dans l’auditoire l’admiration que sa voix mérite. Pour la même raison, un peintre expose ses toiles, un écrivain publie son travail, un homme culte communique son savoir et ainsi de suite. Enfin, l’homme vertueux apprécie d’être considéré comme tel. L’indifférence illimitée de l’opinion que se forme notre prochain sur nous-mêmes n’est pas une vertu, mais un manque de conscience de sa propre dignité.

Sans doute, le désir droit et mesuré d’une bonne réputation peut facilement se corrompre, comme tout ce qui est inhérent à l’homme. C’est une conséquence du péché originel. De la même façon, l’instinct de conservation peut dériver vers la peur, et le désir raisonnable de s’alimenter peut s’égarer dans la gourmandise. Dans le cas précis de l’instinct de sociabilité, nous pouvons aisément tomber dans l’excès de faire des applaudissements de nos semblables notre idole, l’objet de tous nos actes, le motif de notre façon d’agir vertueuse.

Et pour obtenir ces applaudissements, il se peut que nous allions jusqu’à simuler des qualités que nous n’avons pas ou renier nos principes les plus sacrés (qui ne saura jamais combien d’âmes sont entraînées en enfer par le respect humain ?). Il se peut que, poussés par cette soif, nous commettions des crimes pour nous élever à des postes ou à des situations éminentes, que, fascinés par cet objectif, nous accordions une importance ridicule aux moindres facteurs susceptibles de nous mettre en relief, que nous ressentions des haines violentes, que nous pratiquions des vengeances atroces contre ceux qui n’auraient pas reconnu, dans toute leur prétendue magnitude, les mérites que nous imaginons avoir. L’histoire pullule littéralement de tristes exemples de tout cela. Mais – il faut insister – si par cet argument nous devions conclure que le désir d’être connu et estimé par ses semblables pour ce que nous sommes réellement est intrinsèquement mauvais, alors nous devrions condamner tous les instincts et notre nature elle-même.

Il est certain aussi que Dieu exige que nous soyons intérieurement détachés en ce qui concerne la bonne opinion qu’a de nous notre prochain. De la même façon dont nous devons l’être de tous les autres biens de la terre, l’intelligence, la culture, la carrière, la beauté, l’abondance, la santé, et la vie elle-même. À certains, Dieu demande, en plus du détachement intérieur, un détachement extérieur de la considération sociale, tout comme à d’autres il demande non seulement la pauvreté en esprit, mais aussi la pratique de la pauvreté matérielle. Il faut alors obéir. C’est pour cela que les hagiographies regorgent d’exemples de saints qui ont fui des manifestations légitimes d’estime de leurs semblables. Malgré tout cela, il est légitime en soi que l’homme veuille recevoir l’estime de ceux qu’il côtoie.

Une condition pour l’existence de la société : la justice

Cette tendance naturelle est en consonance d’ailleurs avec l’un des principes les plus essentiels de la vie sociale : la justice, selon laquelle on doit donner à chacun ce à quoi il a droit, non seulement en ce qui concerne les biens matériels, mais aussi en ce qui concerne l’honneur, la distinction, l’estime, l’affection. Une société basée sur la négation totale de ce principe serait absolument injuste. « Rendez à tous ce qui leur est dû : à qui l’impôt, l’impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur » nous dit saint Paul (Rom. 13,7).

Ajoutons que ces manifestations se doivent rigoureusement non seulement aux mérites personnels, mais aussi à la fonction, à la charge ou à la situation qu’une personne possède. Ainsi, le fils doit du respect à son père même si celui-ci est un mauvais père, le fidèle doit manifester sa révérence envers le prêtre même s’il est indigne, le sujet doit vénérer son souverain même s’il est corrompu. Saint Pierre recommande aux esclaves qu’ils obéissent à leurs maîtres même s’ils sont d’un caractère difficile (I Pierre, 2, 18).

Et l’on doit aussi honorer dans une personne la lignée illustre dont il descend. Ce point est particulièrement douloureux pour l’homme égalitaire d’aujourd’hui. C’est cependant ce que pense et enseigne l’Église. Lisons l’enseignement profond et brillant de Pie XII à ce sujet :

« Les inégalités sociales, même celles liées à la naissance, sont inévitables. La nature bienveillante et la bénédiction de Dieu sur l’humanité illuminent et protègent les berceaux, les embrassent, mais ne les nivellent pas. Regardez les sociétés les plus inexorablement égalisées. Aucun artifice n’a jamais pu faire que le fils d’un grand chef ou d’un grand conducteur de foules, ne demeure en tout dans la même situation que celle d’un obscur citoyen perdu au milieu du peuple. Ces inégalités inéluctables peuvent, du point de vue du païen, apparaître comme une conséquence inflexible du conflit des forces sociales et de la suprématie acquise par les uns sur les autres, par l’effet de lois aveugles qui, estime-t-on, régissent l’activité humaine de manière à aboutir au triomphe des uns comme au sacrifice des autres ; mais un esprit instruit et éduqué chrétiennement ne peut au contraire les considérer que comme une disposition voulue par Dieu qui, dans un dessein semblable, établit des inégalités dans la famille, destinées à unir davantage les hommes entre eux dans leur voyage de la vie présente vers la patrie du ciel, les uns aidant les autres, comme le père aide la mère et les enfants. » (Allocution au Patriciat et à la Noblesse romaine, 5 janvier 1942).

 

cet article continue…

Article publié au Brésil par le mensuel Catolicismo,  « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement ? »   – Plinio Corrêa de Oliveira, dans Catolicismo Nº 31 – juin 1953

 

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