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Inégalités justes et nécessaires. Rappel d’une vérité oubliée – Partie 4 suite – Modernisation indue

« Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ? »

Modernisation indue

On pourrait se demander s’il ne serait pas utile de moderniser tous ces symboles, d’actualiser toutes ces cérémonies. Pourquoi conserver des rites, des formules, des costumes d’un passé si lointain ?

La question est d’un simplisme primaire. Les rites, les formules, les uniformes, pour exprimer des états d’esprit, pour refléter des situations et des circonstances réellement existantes, ne peuvent pas être créés ou réformés brusquement et par décret, mais au contraire, ils doivent l’être graduellement, lentement, en général de façon imperceptible, par l’action des coutumes.

Or, la, avec toutes ses séquelles, a rendu impossible ce processus de transformation. Car l’humanité s’est laissé fasciner par le mirage de l’égalitarisme absolu.

Ce tableau, très probablement peint au début de la Révolution Française, en 1789, symbolise la réconciliation de l’Église, de la Noblesse et du Tiers État en France devant l’entrée d’un temple maçonnique.

Elle a vouée au mépris et à la haine tout ce qui, dans le domaine des coutumes, exprime une inégalité. Elle a institué un nouvel ordre de choses, basé sur la tendance au nivellement complet, sur l’abolition de toute étiquette et de tout protocole. Imbue de cet esprit, l’humanité a perdu la capacité de retoucher les choses du passé, si ce n’est pour les détruire.

De plus, si l’homme contemporain se mettait à réformer les rites et à instituer des symboles, il le ferait par décret, car la Révolution française a créé en lui l’adoration de la loi et le mépris de la coutume. Et rien n’est plus irréel, plus caricatural, et bien souvent rien n’est plus dangereux que les réalités sociales que l’on croit pouvoir créer par la loi. La cour d’opérette, rutilante, fanfaronne et profondément vulgaire de Napoléon l’a bien démontré.

 

Détruire pour détruire

Le simple fait qu’un rite ou un symbole soit très ancien n’est pas un motif pour l’abolir, mais avant tout pour le conserver.

Marie-Antoinette avant son exécution – 16 octobre 1793

Le véritable esprit traditionnel ne détruit pas pour détruire. Au contraire, il conserve tout ce qu’il peut et ne détruit que lorsqu’il y a un motif réel et sérieux pour le faire. Car si la véritable tradition n’est ni une sclérose ni une fixation rigide dans le passé, elle est encore moins une négation constante de ce dernier. À ce sujet, qu’il nous soit permis de citer encore une fois un passage magistral de Pie XII. S’adressant à la noblesse et au patriciat romain (Osservatore Romano du 19 janvier 1944), le Pontife fit dans ces termes référence à la tradition que l’aristocratie de la Ville éternelle représentait :

« Beaucoup d’esprits, même sincères, s’imaginent et croient que la tradition n’est rien que le souvenir, le pâle vestige d’un passé qui n’est plus, qui ne peut plus revenir, qui tout au plus est, avec vénération, avec reconnaissance si l’on veut, relégué et conservé dans un musée que peu d’admirateurs ou amis visitent. Si la tradition consistait en cela, se réduisait à cela, et comportait le refus ou le mépris de la marche vers l’avenir, on aurait raison de lui refuser respect et honneur, et il faudrait regarder avec pitié les rêveurs du passé, retardataires en face du présent et du futur, et avec une plus grande sévérité encore ceux qui, poussés par des intentions moins respectables et moins pures, ne sont que les déserteurs des devoirs de l’heure si endeuillée qui s’écoule.

« Mais la tradition est une chose très différente du simple attachement à un passé disparu: elle est à l’opposé d’une réaction qui se méfie de tout sage progrès. Son nom lui-même étymologiquement est synonyme de cheminement et de marche en avant — synonymie, non identité. En effet, tandis que le mot progrès indique seulement le fait d’aller en avant, un pas après l’autre, en cherchant du regard un avenir incertain, la tradition signifie aussi une marche en avant, mais une marche continue qui se déroule en même temps avec tranquillité et vigueur, selon les lois de la vie, échappant à l’angoissante alternative : “Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait !”. Elle ressemble à ce M. de Turenne dont il a été dit : “Il eut dans sa jeunesse toute la prudence d’un âge avancé, et dans l’âge avancé toute la vigueur de la jeunesse” (Fléchier, Oraison funèbre, 1676).

« Sous la force de la tradition, la jeunesse, éclairée et guidée par l’expérience des anciens, s’avance d’un pas plus assuré, et la vieillesse transmet et livre avec confiance la charrue à des mains plus vigoureuses qui vont continuer le sillon commencé. Comme l’indique son nom, la tradition est le don qui passe de génération en génération, le flambeau qu’à chaque relais le coureur confie et remet dans la main d’un autre coureur sans que la course s’arrête ou se ralentisse. Tradition et progrès se complètent réciproquement avec tant d’harmonie que tout comme la tradition sans le progrès se contredirait elle-même, le progrès sans la tradition serait une entreprise téméraire, un saut dans l’obscurité.

« Non, il ne s’agit pas de ramer à contre-courant, de retourner vers les formes de vie et d’action des âges disparus, mais bien, en prenant et en suivant ce que le passé a de meilleur, d’avancer à la rencontre de l’avenir avec la vigueur immuable de la jeunesse. »

 

 Articles dans la série:

 Inégalités justes et nécessaires. Rappel d’une vérité oubliée – Partie 4 – « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ? »
 
 Partie 4 suite- I « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ?  – Quelques explications
 
Partie 4 suite – II « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ? – Sentiment de sa propre dignité
 
Partie 4 suite – III « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement de la Reine d’Angleterre ? – … la formation du protocole

 

cet article continue…

Article publié au Brésil par le mensuel Catolicismo,  « Pourquoi notre monde pauvre et égalitaire s’est-il enthousiasmé avec le faste et la majesté du couronnement ? »   – Plinio Corrêa de Oliveira, dans Catolicismo Nº 31 – juin 1953

 

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