« La cathédrale gothique, dit Charles Morey, est en effet l’équivalent architectural de la synthèse scolastique ; tout comme cette dernière a résolu par la dialectique les problèmes posés par la foi, de même les architectes du XIIIe siècle ont atteint une unité intégrée dans un ensemble de détails infinis, malgré leur quête d’un espace indéterminé.
C’est l’espace gothique, dans l’architecture gothique, qui détermine en fin de compte son effet. Le mouvement et la communication subtile avec l’espace extérieur, qui donnent l’impression de relier l’observateur à l’infini, sont des facteurs puissants dans l’élévation spirituelle qu’un intérieur gothique peut procurer ; mais qu’il ne procure pleinement que lorsqu’il est renforcé par sa panoplie de vitraux »[1].
L’espace gothique cesse d’être commensurable, de présenter une régularité géométrique, comme dans les anciens intérieurs byzantins, pour se montrer irrégulier en volume et en étendue.
Il ne s’isole pas de l’immensité extérieure, mais s’y unit par le jeu des lumières traversant la claire-voie, le regard se perdant dans les ombres des voûtes, dans l’enchevêtrement capricieux des arcs ogivaux. En somme, c’est un espace de mouvement.
Et tandis que l’intérieur est mystique, il existe un ordre rationnel parfait dans la construction et la composition architecturale.
Sur le plan technique, le style gothique se résume au système de voûtes nervurées formées par des arcs ogivaux entrecroisés.
Sur le plan technique, le style gothique se résume au système de voûtes nervurées formées par des arcs ogivaux entrecroisés.
Il ne faut toutefois pas confondre l’histoire de l’art gothique avec celle de la voûte ogivale, même si l’ogive est une caractéristique essentielle de ce nouvel art qui allait conquérir toute l’Europe chrétienne.
Un autre élément typique du gothique est le contrefort, qui, selon la conception des architectes médiévaux, était destiné à remplir la fonction technique de transmission de la poussée des voûtes de la nef centrale vers les contreforts.
Le système gothique des arcs-boutants n’était toutefois pas nouveau d’un point de vue constructif. La nouveauté consistait à les rendre visibles au lieu de les dissimuler sous les toitures ou de les camoufler dans les murs.
Cette visibilité est l’affirmation esthétique sans détour d’une nécessité constructive, que la sincérité gothique a transformée en expression artistique.
Source : https://catedraismedievais.blogspot.com/2018/01/catedral-gotica-sintese-da-fe-em.html
Photo : Le Mans (Sarthe) – Cathédrale Saint-Julien. Patrick, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
[1] Charles Rufus Morey, “Mediaeval Art”, Ed. W.W. Norton e Co., Inc., Nova York, 1942, pp. 265 a 266.