L’été n’aura pas apporté de répit aux églises de France. Tandis que beaucoup de villes se vident et que les paroisses vivent au rythme plus paisible des vacances, les vols, les dégradations et les atteintes aux édifices religieux, eux, se poursuivent.
À Lullin, en Haute-Savoie, deux départs de feu ont été découverts le 7 août dans l’église Saint-Jean-Baptiste. L’intervention rapide de passants a évité que les flammes ne se propagent. La gendarmerie a retenu l’origine volontaire de l’incendie, même si le mobile de l’auteur demeure inconnu.
La même nuit, à Chambray-lès-Tours, l’église Saint-Symphorien a été cambriolée. Calices, crucifix, bénitiers, vases et porte-cierges ont disparu. La sacristie a été dépouillée de tout ce qui pouvait présenter une valeur. L’édifice avait déjà subi des dégradations quelques semaines auparavant.
D’autres églises de l’agglomération tourangelle ont connu des faits comparables au cours de l’été. À Tours et à Luynes, notamment, des sommes déposées par les fidèles ont été dérobées. Et à Stains, en Seine-Saint-Denis, un contrôle routier a permis de découvrir dans un véhicule une quantité importante d’objets religieux provenant d’églises et de cimetières.
Il faut naturellement distinguer les faits. Un vol n’est pas nécessairement un acte de haine religieuse, et tout incendie dans une église n’est pas criminel : à Chaux-Neuve, dans le Doubs, l’incendie du 5 août semble ainsi avoir été provoqué accidentellement par une bougie.
Mais lorsque les incidents se multiplient, une autre question finit par s’imposer.
Une église n’est pas un bâtiment comme les autres. Elle n’est ni un musée, ni une salle municipale, ni un commerce que l’on ferme lorsque cesse l’activité. Pendant des siècles, même celui qui ne priait pas savait instinctivement qu’en franchissant son seuil il pénétrait dans un lieu à part.
Cette frontière invisible semble aujourd’hui s’effacer.
Quand le calice devient un objet métallique parmi d’autres, quand le crucifix n’est plus perçu que comme une pièce susceptible d’être revendue, quelque chose de plus profond que le patrimoine matériel est atteint : le sens même du sacré.
Faudra-t-il demain fermer les églises en dehors des offices pour les protéger ? Ce serait peut-être nécessaire. Mais ce serait aussi un symbole douloureux : celui d’une société où les portes du sanctuaire doivent se fermer précisément parce que le respect qui autrefois les protégeait dans les consciences ne suffit plus…
Photo : EmDee, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons