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La date de la mort d’une personne est-elle celle de sa résurrection ?

À l’entrée de l’église des pères sacramentins de ma ville, il y a un grand panneau avec des dessins d’épisodes de la vie de saint Pierre-Julien Eymard, fondateur de leur congrégation. En dessous figurent trois dates significatives : celles de sa naissance, de sa mort et de sa canonisation. Mais la mort y est appelée « résurrection ».

Or, dans le Catéchisme, on apprend que la personne qui meurt ne ressuscite pas maintenant, mais lors du Jugement dernier, quand aura lieu la résurrection de la chair, c’est-à-dire la résurrection de tous les hommes.
Notre Seigneur a ressuscité certaines personnes, mais je pense qu’en réalité il ne s’agissait pas proprement d’une résurrection, mais seulement d’un retour à la vie, puisqu’il a rendu la vie à ces personnes qui, plus tard, sont mortes de nouveau. Lazare, par exemple, qui après avoir été ressuscité, étant évêque en France, mourut à nouveau. Tandis que la personne qui ressuscite ne meurt plus et vivra éternellement, au ciel ou en enfer.

Si mon raisonnement est correct, que penser de la date de la « résurrection » de saint Pierre-Julien Eymard sur ce panneau ?


RÉPONSE


Notre correspondant a tout à fait raison de s’étonner du panneau qui désigne le jour de la mort de saint Pierre-Julien comme celui de sa « résurrection ». Traditionnellement, le terme « Jour de la Résurrection » en théologie catholique se réfère spécifiquement à l’événement futur de la résurrection générale à la fin des temps, lorsque tous les morts ressusciteront pour le Jugement dernier (comme cela est décrit en 1 Co 15, 1 ; 1 Th 4, 13-18 ; et Ap 20, 11-15). Il est également couramment utilisé pour désigner le dimanche de Pâques, qui célèbre la résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le jour de la mort d’un saint canonisé est plus justement appelé dies natalis (jour de naissance), ce qui signifie sa naissance à la vie éternelle auprès de Dieu, dont le bienheureux jouit depuis son jugement particulier, peut-être après un passage par le Purgatoire — même sainte Thérèse d’Avila dut s’y arrêter pour faire une génuflexion —, car son âme est immortelle. C’est pourquoi l’Église a l’habitude de fixer le jour de la mort du saint comme la date de la célébration de sa fête. Par conséquent, bien que l’on célèbre l’entrée du saint au Ciel, on ne l’a jamais appelée « Jour de la Résurrection », puisque, selon l’eschatologie catholique, il attend au Ciel la résurrection de son corps.

Ignorance ou erreur moderniste ?

Qualifier de « résurrection » le passage de cette vie terrestre à la vie éternelle peut indiquer une simple ignorance de la part de celui qui a réalisé le panneau (mais, dans ce cas, on ne comprend pas que les responsables de l’église n’aient pas corrigé cette grave erreur) ou, dans le pire des cas, que ces mêmes responsables aient adhéré à l’idée hérétique que le modernisme prêchait à propos de la résurrection de Notre Seigneur, en niant son caractère corporel.

En effet, les modernistes — et principalement Alfred Loisy (1857-1940) — affirmaient que la Résurrection de notre Sauveur ne fut pas proprement un fait d’ordre historique, mais un fait d’ordre purement surnaturel, méta-historique, non vérifié ni vérifiable, consistant dans l’entrée du Christ dans la vie immortelle avec Dieu. Ses apparitions durant les quarante jours et son Ascension elle-même n’auraient pas été des faits corporels, mais des visions collectives ou une simple présence de l’Esprit du Ressuscité. La foi en la résurrection de son Corps sacré aurait été le résultat d’une évolution de la conscience chrétienne comme correctif du scandale de la Croix. En d’autres termes, les modernistes ne croyaient pas à la réalité du fait que saint Thomas ait mis sa main dans les plaies de Notre Seigneur.

Le décret Lamentabili, publié par le Saint-Office à la suite de l’encyclique de saint Pie X condamnant le modernisme, a rejeté comme hérétique cette vision en condamnant la trente-septième proposition suivante :
« La foi en la résurrection du Christ, à son origine, ne se rapportait pas tant au fait même de la résurrection qu’à la vie immortelle du Christ auprès de Dieu ».
La conséquence logique de nier la résurrection corporelle de Notre Seigneur Jésus-Christ est de nier la résurrection des corps de toute l’humanité à la fin du monde, avant le Jugement dernier. Selon les modernistes, les hommes jouiraient d’une vie immortelle pleine avec Dieu immédiatement après la mort, sans nécessité de la résurrection de leurs corps.

La version pseudo-scientifique et actualisée de cette hérésie fut défendue par le jésuite français Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), pour qui la matière et l’esprit sont intrinsèquement liés et évoluent ensemble vers une forme d’existence supérieure, consistant en un état final d’unification dans le Christ.
Ce point culminant serait le « Point Oméga », où le Christ est le centre et la fin ultime de toute la création. Ainsi, les corps ressuscités ne seraient pas des corps physiques au sens commun, mais des corps pleinement spiritualisés, unis au Christ dans un état final de communion de tout l’Univers. Cette vision « teilhardienne » serait-elle celle qui a conduit les sacramentins de l’église de notre correspondant à qualifier de « résurrection » le dies natalis de leur saint fondateur ? Nous n’avons aucun moyen de le savoir et préférons penser qu’il s’agit d’ignorance, si répandue aujourd’hui dans l’Église en raison de la dégradation des études théologiques dans les séminaires, au profit de la « pastorale ».

D’ailleurs, il s’agirait d’une ignorance élémentaire, car — comme l’a bien dit notre correspondant — dans les cas de résurrection rapportés dans la Bible (trois dans l’Ancien Testament, par Élie ; trois par Jésus avant sa Résurrection ; un par saint Pierre et un autre par saint Paul, relatés dans les Actes des Apôtres), les bénéficiaires moururent de nouveau. Quant aux justes qui ressuscitèrent après la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ et apparurent à de nombreuses personnes dans la Ville sainte après la Résurrection (Mt 27, 52-53), il existe deux écoles théologiques. Certains Pères de l’Église et théologiens pensent qu’ils reçurent des corps glorieux et montèrent aux cieux après Jésus, symbolisant les prémices de la Résurrection. D’autres pensent qu’ils moururent à nouveau, comme Lazare ou la fille de Jaïre. En tout cas, Notre Seigneur fut « le premier-né d’entre les morts » (Col 1, 18) et « les prémices de ceux qui sont morts » (1 Co 15, 20), et le seul qui ressuscita par sa propre puissance.

« Ce corps sera transfiguré en corps de gloire »

Quelle que soit la raison de l’erreur sur le panneau, il convient d’éclairer l’esprit en rappelant brièvement les raisons pour lesquelles l’Église affirme que, à la fin du monde, aura lieu la « résurrection de la chair », comme nous le professons dans le Credo.
Cette vérité de foi est proclamée par le Catéchisme de l’Église catholique en ces termes :
« Nous croyons fermement, et ainsi nous l’espérons, que, de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts et qu’il vit pour toujours, de même les justes après leur mort vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour (cf. Jn 6, 39-40) » (§989). « La “résurrection de la chair” signifie que, après la mort, il n’y aura pas seulement la vie de l’âme immortelle, mais que nos “corps mortels” (Rm 8, 11) reprendront vie » (§990).

Et il cite saint Paul, qui s’écrie : « Comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre prédication, vaine aussi votre foi… Mais non ! Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis » (1 Co 15, 12-14, 20) (§991).
Le Catéchisme explique ensuite brièvement ce que signifie ressusciter :
« Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, tandis que son âme va à la rencontre de Dieu, en attendant d’être réunie à son corps glorifié. Dieu, dans sa toute-puissance, rendra définitivement à nos corps la vie incorruptible en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus » (§997).

Le Catéchisme explique en outre comment cela se réalisera : « Comment ? Le Christ est ressuscité avec son propre corps : “Voyez mes mains et mes pieds ; c’est bien moi-même” (Lc 24, 39) ; mais il n’est pas revenu à une vie terrestre. De même, en lui, “tous ressusciteront avec leur propre corps, dont ils sont maintenant revêtus” (Concile de Latran IV : DS 801), mais ce corps sera “transfiguré en corps de gloire” (Ph 3, 21), en “corps spirituel” (1 Co 15, 44) » (§999). Évidemment, « ce “comment se produira la résurrection” dépasse notre imagination et notre entendement ; il n’est accessible que dans la foi » (§1000).

L’accomplissement du bonheur exige la résurrection du corps

En réalité, la résurrection générale des corps à la fin du monde peut difficilement être démontrée par la seule raison, bien que l’on puisse en montrer la conformité avec la foi. Trois raisons concourent à cela :
– Puisque l’âme a une inclination naturelle vers le corps, sa séparation perpétuelle d’avec celui-ci semblerait contre nature.
– Puisque le corps est le compagnon des vertus de l’âme et le complice de ses crimes, la justice de Dieu semble exiger que le corps partage la récompense ou le châtiment éternel de l’âme.
– Puisque l’âme séparée du corps est naturellement imparfaite, l’accomplissement de son bonheur, comblé de tout bien, semble exiger la résurrection du corps.

« On sème un corps faible, il ressuscite plein de force »


Pour conclure cette partie, il convient de rappeler la beauté de la doctrine de l’Église sur la condition des corps glorieux après la résurrection.
Tout d’abord, elle enseigne que tous ressusciteront d’entre les morts avec leurs propres corps, des corps complets et immortels ; mais que les justes ressusciteront pour la résurrection de la vie, tandis que les impies ressusciteront pour la résurrection du jugement. L’idée même de résurrection serait détruite si les morts ressuscitaient dans des corps qui ne seraient pas les leurs.
En outre, nos corps seront parfaitement restaurés (sans maladies ni infirmités), car la résurrection doit être comptée parmi les principales œuvres de Dieu ; ainsi, de même que dans la création toutes choses sortent parfaites des mains de Dieu, dans la résurrection toutes choses doivent être parfaitement restaurées par cette même Main toute-puissante. Cette admirable restauration de la nature est le fruit du glorieux triomphe du Christ sur la mort, comme le montrent plusieurs passages des Saintes Écritures (Is 25, 8 ; Os 13, 14 ; 1 Co 15, 26 ; Ap 2, 4).

Il en résulte trois caractéristiques communes aux corps ressuscités des justes comme des impies :
Identité – Ils ressusciteront dans leurs propres corps.
Totalité – Ils ressusciteront avec tous leurs membres et toutes leurs facultés.
Immortalité – Ils ne seront plus soumis à la mort.
Mais tandis que les justes jouiront d’un bonheur éternel dans la plénitude de leurs membres restaurés, les impies « chercheront la mort et ne la trouveront pas ; ils désireront mourir, et la mort fuira loin d’eux » (Ap 9, 6).
Cependant, les corps des saints se distingueront par quatre dons transcendants, souvent appelés qualités :
Impassibilité – Les corps glorifiés seront exempts de douleur et de souffrance. Comme le dit l’Apôtre : « On sème un corps corruptible, il ressuscite incorruptible » (1 Co 15, 42). Les scolastiques appellent cette qualité « impassibilité » et non « incorruptibilité », précisément pour souligner cette propriété des corps glorifiés. En revanche, les corps des damnés seront incorruptibles, mais non impassibles : ils seront soumis à la chaleur, au froid et à toute forme de douleur.
Clarté ou gloire – Les corps des saints resplendiront comme le soleil. Comme l’affirme l’Apôtre : « On sème un corps sans gloire, il ressuscite glorieux » (1 Co 15, 43 ; cf. Mt 13, 43 et 17, 2 ; Ph 3, 21). Tous les corps des saints seront également impassibles, mais ils posséderont divers degrés de gloire, selon les paroles de saint Paul : « Autre est l’éclat du soleil, autre celui de la lune, autre celui des étoiles ; et une étoile diffère d’une autre en éclat. Ainsi en est-il de la résurrection des morts : on sème un corps corruptible, il ressuscite incorruptible » (1 Co 15, 41-42).
Agilité – Les corps glorifiés seront libres de toute lenteur et dotés de la capacité de se mouvoir avec une extrême facilité et rapidité, selon le désir de l’âme. L’Apôtre déclare : « On sème un corps faible, il ressuscite plein de force » (1 Co 15, 43).
Subtilité – Le corps sera totalement soumis à la domination de l’âme. Cela découle des paroles de l’Apôtre : « On sème un corps animal, il ressuscite spirituel » (1 Co 15, 44). Le corps participera de la vie la plus parfaite et spirituelle de l’âme, au point de devenir semblable à un esprit. Ce don fut manifesté dans le Christ lorsqu’il traversa des objets matériels après sa résurrection.

Comment s’est achevée la vie terrestre de la Très Sainte Vierge ?

Comme nous l’avons vu précédemment, il existe deux opinions concernant le passage de cette vie des justes qui ressuscitèrent pendant la Passion. Il en va de même pour la fin de la vie terrestre de la Très Sainte Vierge Marie.

D’une part, la croyance selon laquelle Marie n’aurait connu qu’une dormition (endormissement) et non la mort se fonde sur le fait qu’elle fut préservée du péché originel et ne serait donc pas soumise à sa peine (la mort). Cette perspective se trouve chez certains Pères de l’Église, comme saint Épiphane de Salamine (IVe siècle), saint Jean Damascène (VIIe-VIIIe siècles) et saint Germain de Constantinople (VIIIe siècle), qui parlent du « passage » de la Très Sainte Vierge d’une manière suggérant une Dormition sans corruption de la mort.
Saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) et la majorité des théologiens penchent pour la thèse selon laquelle elle serait morte. D’une part, parce que l’immortalité corporelle d’Adam et Ève était un don préternaturel retiré à l’humanité après la chute. Saint Augustin enseigne que même Notre Seigneur, s’il n’avait pas subi une mort violente, serait mort de mort naturelle. D’autre part, étant la Mère d’un Rédempteur qui a sauvé le monde par sa mort, il convenait que la Corédemptrice l’imite aussi en cela, étant bien entendu que sa mort ne fut pas une conséquence directe du péché originel ou d’un péché personnel, ni d’une maladie ou d’une autre circonstance indigne de sa condition de Mère de Dieu. Sa mort aurait été une mort libre, causée par la force de son amour pour son divin Fils.

L’enseignement commun est donc que Marie est morte et a été élevée. Mais l’Église ne l’a pas défini comme un dogme, laissant place à la vénérable croyance en la Dormition. En effet, le dogme de l’Assomption de Marie (défini par le pape Pie XII en 1950) évite délibérément de préciser si elle est morte ou si elle a seulement connu la Dormition, respectant ainsi les deux traditions. Voici le passage pertinent de la formule dogmatique de la Constitution apostolique Munificentissimus Deus :

« Pour accroître la gloire de cette auguste Mère et pour la joie et l’allégresse de toute l’Église, par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la nôtre, nous prononçons, déclarons et définissons comme dogme révélé de Dieu que l’Immaculée Mère de Dieu, toujours Vierge Marie, ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste »
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Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-2110-la-fecha-de-la-muerte-de-una-persona-es-la-de-su-resurreccion

Photo : Szymon Czechowicz, Public domain, via Wikimedia Commons

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