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« La cathédrale et la lumière immatérielle du sacrifice liturgique parfait »

La connaissance générale de la liturgie facilite la tâche de l’artiste, qui se plie presque instinctivement à ses exigences. Ainsi, de nos jours, l’autel est le plus souvent surélevé, afin de permettre aux fidèles de suivre des yeux les cérémonies. Autrefois, c’était surtout par le chant et les prières vocales que les fidèles s’y associaient, d’où l’extrême soin apporté à l’acoustique : alternance des arcades, ordonnancement des voûtes, etc.
Mais surtout se pose le problème de la lumière. Certaines époques ont préféré des églises sombres, car on considérait que l’obscurité favorise le recueillement. Mais au Moyen Âge on aimait la lumière, et la grande préoccupation fut d’avoir des sanctuaires toujours plus clairs. On peut dire que toutes les découvertes de la technique architecturale ont tendu à rendre possibles davantage d’espaces libres dans la construction, afin que les immenses verrières puissent laisser passer toujours plus de soleil et éclairer toujours mieux la splendeur de l’office religieux.

À Beauvais, par exemple, le mur ne sert plus qu’à encadrer les parties de vitrail, et il le fait avec une légèreté effrayante, excessive même, puisque l’édifice n’a jamais pu être poursuivi au-delà du transept. Cependant, plus encore que la beauté, c’est la solidité qui était recherchée. On n’a rien compris à une cathédrale gothique tant qu’on ne sait pas que le volume de pierre enfoui dans le sol, pour le travail des fondations, dépasse celui de la pierre dressée vers le ciel. Sous cette fragilité apparente, soutenant les graciles colonnettes et les flèches ajourées, se cache une puissante armature de pierre, œuvre patiente et robuste. Toutes les œuvres du Moyen Âge possédaient des fondations solides, que l’on ne découvre pas au premier regard, tant est grande la légèreté et la fantaisie avec lesquelles elles savent se dissimuler.

Quant à la décoration, là aussi la beauté ne provient que de l’utilité. Il n’y a pas un détail d’ornementation qui ne soit soumis à un détail d’architecture, rien n’est laissé au hasard dans ce qui nous semble pure exubérance de l’imagination. Dans certaines églises, les panneaux sculptés suivent rigoureusement la disposition de l’appareil. C’est très visible à Reims, dans le célèbre bas-relief de la Communion du Chevalier.

On se moque parfois de la raideur, de la « naïveté » (toujours elle !) de certaines statues, comme celles qui ornent le portail de Chartres, mais il s’agit en réalité d’une raideur intentionnelle, nullement rigide, puisque la statue n’est rien d’autre que l’animation du fût, et que ses lignes doivent se subordonner aux lignes droites et resserrées d’une file de colonnes.

Lorsque nous contemplons ces pierres grises de nos cathédrales, et leurs sculptures, nous sommes tentés d’y voir le triomphe du dessin, mais en réalité la couleur éclatait partout. Non seulement dans les peintures ou dans les vitraux, mais aussi sur la pierre. Il n’est pas exact de parler d’un temps où les cathédrales étaient « blanches », car en elles l’explosion de la couleur, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, prolongeait celle de la lumière. C’était un monde scintillant, où tout s’animait.
Bien sûr, les tons étaient savamment combinés. Parfois vives et exubérantes, de vastes fresques couvraient des espaces aujourd’hui insipides.

Un ensemble comme celui de Saint-Savin, ou les vestiges de peintures de Saint-Hilaire de Poitiers, suffisent à donner une idée de l’effet produit. Ailleurs, on soulignait d’un simple frise la courbe d’un arc brisé, on faisait ressortir une arête ou l’on mettait en valeur une poutre. On rehaussait également les sculptures, non par les mornes dégradés qui ont fait la déplorable réputation des modernes « objets de piété », mais par des tons francs faisant corps avec la pierre.

Leurs vestiges, malheureusement trop rares, manifestent la maîtrise avec laquelle le Moyen Âge sut manier la couleur, et l’audace avec laquelle il l’utilisa. Dans ses cathédrales, une fois encore, le monde médiéval est un monde coloré. Hélas, il est rare d’y trouver les tableaux et les statues peintes qui les ornaient autrefois, car dans les musées ils sont arrachés à leur cadre et placés dans des conditions totalement différentes de celles pour lesquelles ils ont été créés.

Des vitraux comme ceux de Chartres ou de Saint-Denis, par exemple, nous permettent d’imaginer l’intensité et la perfection des couleurs médiévales, confirmant ce que l’on peut voir dans les manuscrits enluminés, jalousement conservés (peut-être trop jalousement) dans nos bibliothèques.

(Auteur : Régine Pernoud, Lumière du Moyen Âge, Bernard Grasset Éditeur, Paris, 1944)

Source : https://catedraismedievais.blogspot.com/2017/07/a-catedral-e-luz-imaterial-do.html

Photo : Zaïron, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

Posted in Cathédrales

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