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Dans le fief médiéval : échange de bons offices

Par Marcel Dufour

Par le même processus selon lequel la famille — en grandissant, en se multipliant et en agrégeant de nouveaux membres — en vint à former la mesnada, celle-ci donna naissance au fief.

Le fief constitue donc le stade le plus évolué de l’organisation sociale fondée sur la famille.

Il comprend le baron et sa famille proche, les branches cadettes de sa lignée ainsi que les vassaux nobles qui lui prêtent assistance, recevant en récompense des charges, des terres ou d’autres biens, et formant ainsi sa parentèle.

Cet ensemble constituait la noblesse, dont la mission était de gouverner le fief et de combattre pour sa défense.

Une autre classe constitutive du fief était le clergé — chapelains, moines et curés — dont l’existence était consacrée à la prière, à l’enseignement et à l’assistance aux démunis.

Enfin venait le peuple, formé de la bourgeoisie — commerçants et artisans — et du petit peuple — agriculteurs et serfs —, dont la mission était de produire ce qui était nécessaire à la subsistance de tous.

L’organisation des fiefs ecclésiastiques était semblable, c’est-à-dire celle des fiefs dont le seigneur était l’évêque ou l’abbé et, dans le cas des ordres féminins, l’abbesse.

Le château féodal évolua.

À l’intérieur de la première enceinte protectrice, ponctuée de tours et entourée de douves, se trouvent la chapelle et les logements des soldats, désormais construits non plus en bois, mais en pierre et en brique.

La seconde zone, séparée de la première par une nouvelle muraille avec douves et ponts-levis, constitue une deuxième ligne de défense et abrite les résidences du seigneur et de sa famille, ainsi que celles des nobles qui sont à son service.

La sécurité du château permet au baron d’habiter un beau et vaste palais, et non plus le donjon.

Celui-ci subsiste, derrière une troisième muraille, comme ultime réduit de défense et poste de surveillance.

En général, le château se trouve au sommet d’une hauteur, et le donjon est placé du côté de la pente la plus escarpée, ce qui le rend plus difficile à attaquer.

Le fief repose, comme la famille et la mesnada (suite féodale), sur l’amour mutuel qui unit ses membres.

Le baron doit à ses sujets protection, assistance et défense.

Il veille sur tous dans les difficultés et rend la justice lorsque surgissent des conflits.

Son autorité, toutefois, n’est pas absolue. Les coutumes ont dans le fief force de loi, et le baron ne peut, même s’il le souhaite, déroger aux usages ni modifier les droits consacrés par la tradition.

À ses côtés, son épouse est une mère pour tous les sujets, qu’elle aide ou conseille dans leurs besoins, se consacrant spécialement à l’instruction et à l’éducation des jeunes filles jusqu’à leur mariage.

Les sujets doivent servir leur seigneur avec amour et fidélité, suivre son conseil dans les questions importantes et demander son consentement pour se marier, de même que le seigneur féodal lui-même devra demander celui du noble ou du roi dont il est directement le vassal.

Les sujets les plus éminents collaborent avec le baron à l’administration de la justice et participent aux conseils réunis pour les grandes délibérations.

Les devoirs réciproques sont minutieusement définis dans des serments religieux dont les textes sont encore conservés aujourd’hui.

Les vassaux considéraient la fidélité comme un devoir, mais aussi comme un bienfait : « Les gens sans seigneur sont dans une très mauvaise situation », dit un proverbe de l’époque.

En effet, celui qui n’a pas de seigneur doit affronter seul les luttes et les épreuves de la vie, dans ces temps encore si rudes.

Il existe dans le fief une hiérarchie très variée et complexe, et non pas simplement l’autorité totale d’un seul seigneur sur une multitude de sujets égaux.

Les nobles s’organisent en degrés interdépendants ; les travailleurs peuvent être directement sujets du seigneur, mais aussi de l’un de ses nobles, voire de bourgeois, et ceux-ci peuvent eux-mêmes dépendre de tel ou tel suzerain.

Même parmi les serfs existe une hiérarchie, avec plusieurs degrés de subordination, au point qu’il y a même des serfs qui dépendent d’autres serfs.

Les serfs de la glèbe, dont on a tant parlé, étaient des travailleurs manuels attachés à une terre qu’ils ne pouvaient quitter mais dont, en contrepartie, ils ne pouvaient être expulsés.

Ils avaient droit à la protection et à l’assistance et pouvaient exiger du seigneur qu’il subvienne à leurs besoins en période de crise, tandis que, dans des circonstances semblables, certains hommes libres pouvaient mourir de faim.

Leur condition, dure à l’origine mais progressivement adoucie sous l’influence de l’Église, n’était pas un esclavage, car leurs obligations étaient clairement délimitées et le seigneur ne disposait pas d’une autorité absolue sur eux.

Il s’agissait plus ou moins d’un contrat d’emphytéose viager et irrévocable pour les deux parties.

Les serfs constituaient ainsi un degré, certes infime, de la structure familiale qui forma la civilisation féodale.

C’est pourquoi on retrouvait entre eux et leurs seigneurs les mêmes sentiments d’union, de dévouement et d’amour qui constituaient la base de la vie sociale.

Dans les chroniques du seigneur Amis, on lit qu’après être devenu lépreux, celui-ci fut chassé du château par son épouse, repoussé par les paysans et même expulsé de l’hôpital de charité.

Deux serfs de la glèbe, cependant, abandonnèrent tout pour le suivre, prenant soin de lui comme d’un père et allant jusqu’à mendier pour assurer sa subsistance.

Au Moyen Âge, on vit à de nombreuses reprises le spectacle admirable de serfs se levant en masse pour aller délivrer leur seigneur tombé prisonnier.

Source : https://castelosmedievais.blogspot.com/2015/08/no-castelo-medieval-troca-de-bons.html

Photo : Célia Ascension, CC BY-SA 3, via Wikimedia Commons

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