« Mon grand-père était un vieil homme distingué, vivant de ses souvenirs. Il demeurait passionnément attaché à la monarchie légitime.
Flottait parmi nous, certainement un peu au-dessus de nous, un personnage silencieux et absent : c’était le roi.
Nous n’accordions guère d’importance aux hommes de théorie. Nous aimions les peintres, les architectes, les hommes de guerre et Dieu.
Le château familial représentait notre propre mythologie. Le château tenait une place immense dans notre vie quotidienne. Peut-être pourrait-on dire qu’il était l’incarnation du nom : tous deux baignaient dans la même atmosphère de sacré. (…)
Et combien nous avions raison de nous méfier de la technique ! Nous la détestions comme nous détestions le progrès. Les machines et les moteurs commençaient à crépiter et à parcourir nos routes… Le téléphone se mit à sonner, non pas chez nous, mais chez nos cousins. Une véritable frénésie de changements s’empara des hommes.
Et peu à peu tout nous échappait des mains… et tous répétaient autour de moi que, sans Dieu et sans le roi, sans espérance et sans foi, les hommes avaient choisi leur perdition. »
(Auteur : Jean d’Ormesson, Au plaisir de Dieu, Gallimard, 1980, 626 pages.)
Source : https://castelosmedievais.blogspot.com/2018/06/aspectos-das-familias-que-deram-vida.html
Photo : Julien Chatelain from Paris, France, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons