La famille noble porte le même nom, qui sert à identifier indifféremment l’un ou l’autre, ou les deux à la fois.
Le château avait, à l’origine, une mission militaire, et la noblesse exerçait les devoirs militaires destinés à protéger la région contre les envahisseurs, les bandes de criminels et les autres dangers qui exigeaient l’usage des armes.
C’est pourquoi elle était aussi connue comme noblesse de sang, car elle le versait abondamment pour sauver le bien commun, et transmettait cette mission par l’hérédité, c’est-à-dire par le sang, à ses descendants.
Avec la pacification des mœurs barbares sous l’effet de l’Église, et aussi par l’action de cette même noblesse, les villes purent se développer, s’enrichir et acquérir un poids politique.
En elles apparut naturellement une noblesse de ville, souvent apparentée à la noblesse du château : des fils ou des petits-fils de châtelains qui s’installèrent dans les villes et y menèrent une vie splendide.
D’autres fois, il n’en fut pas ainsi : il s’agissait de riches commerçants, de juges, de lettrés ou de personnalités qui adoptèrent les styles des nobles. Et ils finirent par être reconnus comme de véritables aristocrates.
Fréquemment, les enfants des deux noblesses commencèrent à se marier entre eux et à s’interrelier profondément.
La raison d’être de cette nouvelle noblesse ne se trouvait plus dans les armes, bien qu’elle fournît de nombreux et excellents officiers aux armées du roi, ainsi que des héros pour la défense de la région.
Quelle était donc sa raison d’être ?
En vérité, la noblesse urbaine a une mission, et une mission très importante.
Elle a pour fonction, comme le dit Pie XII dans l’une de ses allocutions, en employant un très beau proverbe français — d’être la cloche qui donne le son au village. Elle doit être la cloche qui donne le ton au village.
Autrement dit, concrètement, dans les villes, il doit y avoir une noblesse qui donne le ton à la vie sociale.
Mais il ne s’agit pas seulement du ton de la vie sociale, comme les modes et les coutumes.
Le ton social, en dernière analyse, exprime la volonté, la manière d’être et de comprendre de toute la ville.
En même temps, elle doit avoir un pouvoir politique dans la ville.
Comment peut-on concevoir ce pouvoir politique ? D’une manière simple.
Même dans un régime démocratique, où, par conséquent, les charges du pouvoir politique sont électives, si la noblesse qui donne le ton sait influencer convenablement le peuple, elle possède, indépendamment des médias, une force de direction, de persuasion, de traction, capable d’entraîner les personnes et les choses derrière elle, et elle jouit d’une large mesure d’influence.
Si la noblesse de la ville conserve cette influence et sait l’exercer sur l’ensemble du peuple, elle joue un rôle semblable à celui du patriciat dans les villes libres d’Allemagne, de Suisse et, en général, dans les villes libres qui appartinrent au royaume de Lothaire.
C’est-à-dire cette bande de terre opulente, pleine d’histoire et pleine d’avenir, qui s’étend depuis l’embouchure du Rhin jusqu’à la Calabre.
En une ligne plus ou moins droite, passant par la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, atteignant ensuite le nord de l’Italie, et descendant la péninsule italienne jusqu’à son extrémité.
Cette noblesse de ville doit se caractériser par quelques traits particuliers.
Elle doit posséder une certaine opulence.
Avec cette opulence, elle doit avoir un certain éclat de vie.
Avec cette opulence et cet éclat de vie, elle doit donner aux habitants de la ville une idée de ce que doit être la vie dans la ville — et, par conséquent, aussi les mentalités et les coutumes.
Le ton de la ville est donné par cette noblesse.
(Plinio Corrêa de Oliveira, conférence du 8 avril 1994, non revu par l’auteur.)
Source : https://cidademedieval.blogspot.com/2015/01/a-nobreza-urbana-o-sino-que-da-o-tom-na.html
Photo : Markus3 (Marc ROUSSEL), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons