Quand l’on répète souvent que la foi s’éteint en Europe et que la jeunesse se détourne du christianisme, certains faits viennent pourtant contredire ce récit dominant. En France, et notamment à Paris, un phénomène discret mais profond témoigne d’un renouveau spirituel inattendu : des milliers de jeunes se lèvent à l’aube, plusieurs fois par semaine, pour assister à des messes de l’Avent célébrées à la bougie.
L’hebdomadaire La Croix rapporte ainsi qu’à l’église Saint-Sulpice, tous les mercredis et vendredis de l’Avent, à 7 heures, l’église est comble. Dès 6 h 50, la pénombre est déjà habitée par le silence et le recueillement. Un quart d’heure plus tard, un millier de personnes assistent à la première messe « Rorate » de l’Avent, chantée dans la lumière tremblante de milliers de bougies.
Ces messes dites Rorate, célébrées traditionnellement à l’aube, rappellent une vérité essentielle : la foi chrétienne n’est pas d’abord un confort, mais un effort, une veille, une attente. Et c’est précisément ce que recherchent aujourd’hui de nombreux jeunes. Comme le souligne La Croix, l’assemblée est majoritairement composée de vingtenaires, venus non par habitude sociale, mais par choix personnel.
Le père Henri de La Hougue, curé de Saint-Sulpice, confie son étonnement face à l’ampleur du mouvement. Il rappelle que ces messes ont commencé en 2020 avec une trentaine de personnes et que, depuis, la fréquentation n’a cessé d’augmenter. Cette croissance n’est pas le fruit d’une stratégie de communication, mais d’un désir spirituel réel, transmis par l’amitié et l’exemple. La principale diffusion s’est faite par le bouche-à-oreille.
Ce qui attire ces jeunes, ce n’est pas seulement la beauté visuelle de la célébration, bien qu’elle soit évidente, mais une atmosphère de sacralité retrouvée. Marie, 24 ans, confie à La Croix que Saint-Sulpice éclairée à la bougie est magnifique. Arthur, 21 ans, raconte que cette liturgie l’a aidé à rentrer en lui-même. Le silence, les chants, la pénombre et l’effort consenti pour se lever tôt contribuent à une véritable intériorisation.
Mais surtout, ces jeunes redécouvrent le sens profond de l’Avent. Ils viennent pour se préparer à accueillir Jésus. Le père de La Hougue observe avec justesse que la messe Rorate répond au besoin de moments spirituels pendant l’Avent, qui dans la société contemporaine est souvent réduite à une période commerciale.
Là où le monde moderne accélère, consomme et distrait, ces jeunes choisissent le dépouillement, l’attente et la prière.
Ce réveil spirituel ne se limite pas à ces messes matinales. À Saint-Sulpice, la messe dominicale du soir dédiée aux jeunes rassemble désormais environ mille cinq cents participants, et la paroisse est animée par un vaste réseau de bénévoles. Une centaine de jeunes se relaient pour allumer les bougies, accueillir les fidèles, servir le petit déjeuner et chanter. La foi devient communautaire, incarnée et joyeuse.
Ce phénomène révèle une vérité souvent oubliée : la jeunesse ne rejette pas une foi exigeante, elle la cherche. Elle ne fuit pas la tradition, elle la redécouvre lorsqu’elle est proposée sans compromis. Dans le silence de l’aube, à la lueur des bougies, une génération se lève, non par nostalgie, mais par espérance.
Peut-être faut-il voir dans ces messes de l’Avent un signe discret mais profond : celui d’une France chrétienne qui, loin d’être éteinte, renaît à travers sa jeunesse.
Photo : © Simon Mannweiler / Wikimedia Commons