Par Felipe Barandiarán
La procession s’est arrêtée devant la maison de la famille Catasús, rue Parellades à Sitges. Sur sa façade a été dressé un autel, richement orné de vases en argent remplis de fleurs blanches exubérantes, sur lequel, sous un dais de tissus somptueux, est exposée l’image impassible de l’Ecce Homo, que l’on vénère aujourd’hui au sanctuaire du Vinyet.
Les flammes des bougies scintillent à travers le nuage d’encens qui s’élève doucement, accompagnées des prières que le prêtre dirige d’une voix brisée, le regard fixé sur l’ostensoir qui renferme l’hostie consacrée.
Un moment de calme absolu qui débouche sur une explosion d’enthousiasme lorsque la fanfare, que l’on aperçoit au fond, entonne les accords de « Cantemos al Amor de los amores » et que tous, à l’unisson, l’accompagnent d’une voix tremblante d’émotion : « … Dieu est ici, venez adorateurs, adorons le Christ Rédempteur ».
La scène est encadrée, à droite, par un soldat d’infanterie, à genoux, le fusil muni d’une baïonnette, et un groupe de femmes avec des enfants devant cette grande grille qui correspond à la maison Amell, de la rue Sant Pau, mais que le peintre s’est permis de transposer ici.
À gauche, l’autre rangée de la procession, également à genoux. Un garçon impatient grimpe sur une grille pour mieux voir, tandis que la petite fille au premier plan, vêtue d’une robe blanche, s’amuse à ramasser quelques œillets éparpillés sur le tapis disposé pour que le Saint-Sacrement ne marche pas sur la terre, mais avance sur des fleurs, telles des tapis aux portes de Jérusalem.
Tout au long du parcours, les balcons sont ornés de tentures et de banderoles. C’est un endroit privilégié pour assister à cette procession solennelle. De là, les enfants jettent des pétales.
La fête du Corpus Christi est profondément ancrée dans la ville de Sitges. La première mention écrite de cette célébration remonte à 1358. Et c’est une tradition très ancienne que les habitants décorent leurs balcons et leurs façades. Ils recouvrent ensuite divers tronçons des rues de tapis de fleurs, des œillets par excellence, aux motifs spectaculaires. Un travail fébrile s’effectue la veille et le matin même du Corpus afin que tout soit prêt : « … honneur et gloire à toi, Roi de gloire ».
Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-1928-procesion-del-corpus-en-sitges
Photo : photograph by amadalvarez, Public domain, via Wikimedia Commons