fbpx
Menu Fermer

La sainte tristesse du Divin Crucifié

Ce qui frappe le plus dans cette œuvre d’art, c’est la douleur et la tristesse du divin Crucifié. Les mauvais traitements infligés par les bourreaux ont contribué à causer cette douleur ; sans une aide surnaturelle, ils n’auraient pas été capables de pousser la cruauté à un tel point.

L’Homme-Dieu a souffert dans sa nature humaine. Aucun être humain, sans l’aide spéciale du Père céleste et des anges, n’aurait été capable de supporter une telle souffrance. Et il convient de souligner que la tristesse du Rédempteur tient davantage aux péchés de l’humanité, rachetés par sa Passion et sa Mort, qu’aux tourments physiques qu’Il a endurés.

Autrefois comme aujourd’hui, la vue de Jésus-Christ souffrant sur la croix touche particulièrement les âmes fidèles. Bien que de nombreux autres événements vénérables et émouvants se soient produits au cours de la Passion — par exemple, la Flagellation et le Couronnement d’épines —, ce qui attire particulièrement la piété des véritables catholiques, c’est de contempler le divin Sauveur au plus fort de ses souffrances, cloué sur la Croix.

Cette disposition de l’âme s’oppose diamétralement à la joie mondaine qui domine de nos jours, en particulier dans l’atmosphère créée par les médias et le cinéma : une joie artificielle, agitée, qui va jusqu’à la folie, assoiffée de péché ou déjà enfoncée dans celui-ci.

Certains diront que le catholique doit toujours afficher un visage jovial et débordant de joie, invoquant pour étayer cette position la pensée de saint François de Sales : « Un saint triste est un triste saint ».

Il faut toutefois savoir discerner entre la tristesse salutaire et la tristesse malsaine. Ce même saint le précise clairement dans son ouvrage Pensées consolatrices, en invoquant l’enseignement de saint Thomas d’Aquin : « La tristesse peut être bonne ou mauvaise, selon les effets qu’elle produit en nous ».

Ainsi, ce qui caractérise l’âme vertueuse peut consister à éprouver la bonne tristesse et même à la laisser transparaître sur son visage, car elle édifie le prochain. Notre Seigneur a éprouvé cette tristesse et l’a manifestée au Jardin des Oliviers, lorsqu’Il a dit : « Mon âme est triste à en mourir » (Mt 26, 38). Et même du haut de la Croix, alors qu’il manifestait sa tristesse et son angoisse, le Dieu fait homme a touché et converti des âmes telles que celles du Bon larron et de Longinus.

De même, la tristesse que les personnes vertueuses laissent transparaître sur leur visage peut attirer et édifier. C’est à cette tristesse que fait allusion le Saint-Esprit : « Par la tristesse du visage, on corrige le cœur du pécheur » (Eccl. 7, 4).

Tout comme on peut distinguer deux types de tristesse, on peut de la même manière parler d’une joie sainte, qui édifie, et d’une joie mondaine, qui scandalise. C’est à cette dernière joie que se réfère le Saint-Esprit lorsqu’il dit : « Car les rires de l’insensé sont comme le bruit des épines qui brûlent sous la marmite ; et cela aussi est vanité » (Eccl. 7, 7)

Malheureusement, en ces jours de folie et de déraison que nous vivons, cette fausse joie prédomine dans presque tous les esprits et tous les milieux. Une époque secouée par une immense crise de nature religieuse et morale, qui a fait verser des larmes à plusieurs images de la Très Sainte Vierge, dans diverses régions du monde.

On comprend donc, à la lumière de cela, que le véritable catholique, même s’il peut ressentir et manifester une joie édifiante, ne manquera pas d’éprouver au plus profond de son âme une touche de tristesse digne et virile, propre à celui qui accompagne la Passion de Notre Seigneur jusqu’au sommet du Calvaire. Et plus précisément encore, une tristesse qui convient à celui qui s’associe à la Sainte Passion de nos jours, à la Passion de l’Église — Corps mystique du Christ. Et pour tout catholique qui souffre à cause du « mystérieux processus d’autodestruction » de l’Église, les douleurs gravées sur le visage si expressif de ce Crucifié prennent une signification profonde !

1/
Il y a deux aspects de la sculpture où le travail artistique, et notamment l’expression du visage, révèle sa maîtrise. Tout d’abord, ce sont les lèvres entrouvertes, entre lesquelles on peut entrevoir les dents. Le menton, légèrement tombant, donne l’impression d’un tel abandon de forces que celles-ci ne suffisent même pas à maintenir les lèvres fermées. Ensuite, les yeux qui fixent quelque chose avec tristesse. Pourtant, paradoxalement, ils semblent ne rien percevoir. Le regard est distant, comme s’il considérait autre chose de très différent, qui lui cause une profonde désolation.

Mais, malgré l’intensité de cette douleur — qui est davantage morale que physique —, on perçoit, sur le visage du Crucifié, une paix, une miséricorde, une délicatesse d’âme, où la fureur est absente. La tristesse, elle, est présente en tout. Mais telle est la tristesse de ce condamné à mort, telle est la sublimité de son attitude, qu’elle transcende, de loin, la majesté d’un roi !

L’artiste a su très bien représenter les cheveux de Notre Seigneur. Ils ne sont pas peignés avec soin, car cela n’aurait aucun sens après tout ce qu’Il a souffert. Cependant, ils sont joliment ébouriffés, de sorte qu’ils forment de magnifiques boucles. La barbe est si petite qu’elle pourrait difficilement être ébouriffée. Elle tombe de manière ordonnée, encadrant le visage.

Pour compléter le tableau, sur la tête divine, un halo argenté, au centre duquel scintille une topaze, avec le langage muet des pierres précieuses.

Sans la topaze, il manquerait quelque chose, que l’on ne saurait exprimer explicitement. La topaze, pierre dorée, affirme peut-être que, derrière la douleur et au-dessus d’elle, quelque chose brille malgré tout : la gloire !

2/
L’expression est, peut-être, encore plus impressionnante que celle de la photo précédente. Elle a été prise sous un angle qui donne presque l’impression que l’on va, d’un moment à l’autre, entrer dans le champ de vision de ce regard. La note de tristesse est encore plus touchante. La couronne d’épines est mieux visible. De grandes épines transpercent le front de Notre Seigneur.

Sur le front, au-dessus de l’œil gauche, on remarque une plaie lancinante. On a l’impression qu’une épine a transpercé cet endroit, laissant une blessure profonde représentée par un rubis. Le sang aussi, qui coule avec une certaine délicatesse, glisse sur le corps divin en formant de longs filets, à l’extrémité desquels une goutte est représentée par un rubis

3/
Bien qu’une description comme celle-ci comporte une part de subjectivité, il me semble que l’impression de désolation et d’abandon est plus marquée ici que sur les photos précédentes. C’est une douleur qui se présente comme irrémédiable, sans limites, et qui doit inexorablement aboutir à la mort. Celle-ci s’annonce, non pas avec les consolations qui annoncent le Ciel, mais enveloppée d’une profonde désolation. Car le Crucifié a sous les yeux la méchanceté des hommes qui se jettent contre Lui.

Il y a, certes, une différence entre cette physionomie et celle du bon larron lorsqu’il entendait du Sauveur la phrase réconfortante : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis » (Lc 23, 43). Notre Seigneur, avant tout, lui assurait qu’il serait là aussi, et que le bon larron le retrouverait. Saint Dimas fut donc le premier canonisé de l’histoire. Le Bon larron a demandé pardon, et le Rédempteur lui a pardonné. À ce moment-là, Notre Seigneur a voulu lui donner cette satisfaction afin qu’il franchisse avec courage les terribles seuils de la mort. Une telle joie, cependant, ne se lit pas sur ce visage.

Et cela est compréhensible, car Notre Seigneur a voulu boire le calice de la souffrance jusqu’au bout. Ce calice de fiel, Il a voulu le vider entièrement, et souffrir tout ce qu’il était possible de souffrir. Mais au compagnon de ses tourments, le divin Maître a voulu accorder une consolation à l’heure du passage définitif.

Peu après, Il a Lui-même éprouvé une joie sublime lorsque son âme sacro-sainte, unie hypostatiquement à la Très Sainte Trinité, s’est séparée du corps et s’est libérée des souffrances corporelles et spirituelles. Consummatum est ! — « Tout est accompli » (Jn 19, 30). L’holocauste, volontairement accepté par notre amour et entièrement supporté, avait pris fin.

4/
Sur ce portrait de profil, la désolation semble encore plus profonde. On dirait que la mort ne tardera pas à survenir. Et la désolation morale, causée par les péchés de toute l’humanité, semble particulièrement marquée sur ce visage. Les souffrances physiques ont été largement surpassées par une telle désolation, et l’expression du visage, reflétant une certaine perplexité, communique une sorte de lamentation muette : « L’impiété des hommes a-t-elle atteint un tel paroxysme ? ».

Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-345-la-tristeza-santa-del-divino-crucificado

Photo : Fernando Losada Rodríguez, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Posted in Semaine Sainte

Recommandés pour vous