Dans une tribune publiée en décembre dernier, Didier Rykner, directeur de La Tribune de l’Art, ne dissimule ni sa colère ni son indignation face à la politique actuelle de l’établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame de Paris. Selon lui, « c’est peu dire qu’ils n’ont aucune honte ». Alors que plus de quatre millions d’euros doivent être engagés pour « vandaliser l’œuvre de Viollet-le-Duc » en supprimant des vitraux classés monuments historiques, pourtant « qui n’ont pas été touchés par le feu », l’établissement public appelle désormais à lui verser « encore 140 millions d’euros ».
Pour Rykner, le problème est plus structurel encore. Il rappelle que « le maintien de cet établissement public est déjà, en soi, problématique ». Créée uniquement pour la remise en état après l’incendie, cette structure n’aurait plus aujourd’hui de raison d’exister : « Maintenant que les traces de l’incendie ont disparu, rien ne justifie que cette structure perdure ». La restauration de la cathédrale devrait, selon lui, revenir à son cadre normal : « sous la maîtrise d’ouvrage de la DRAC Île-de-France, c’est-à-dire du ministère de la Culture ».
Il souligne également le coût inutile de cette structure : « Celui-ci, dont les coûts de fonctionnement ne sont pas négligeables, n’a plus aucune justification », sauf à vouloir, ironise-t-il, « créer des établissements publics pour les restaurations de tous les grands monuments de l’État ».
Sur le plan financier, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La souscription nationale a rapporté « 840 millions », dont « seulement 700 ont déjà été dépensés ». Il resterait donc « 140 millions », censés permettre la restauration du chevet et des arcs-boutants. Pourtant, Philippe Jost évoque déjà d’autres travaux — sacristie, roses, façades — et souhaite que « ce soit encore la charité publique qui vienne pourvoir à ces travaux nécessaires ».
M.Rykner pose alors la question centrale : « Mais quel est le rôle de l’État dans cette affaire ? » Il rappelle que celui-ci est propriétaire de la cathédrale et que « l’État est son propre assureur ». En toute logique, « celui-ci aurait dû payer pour la restauration après l’incendie ». Plus grave encore, la Cour des comptes a confirmé que l’État « a pourtant gagné de l’argent », les déductions fiscales ayant été inférieures à la TVA perçue.
Dès lors, l’appel aux dons relève, selon lui, d’une véritable dérive morale : « Il y a donc une indécence assez incroyable à venir encore faire la quête », privant « les autres monuments, notamment privés, d’un mécénat qui n’est pas extensible indéfiniment ».
La conclusion est sans ambiguïté : « Il ne faut plus donner un sou à Notre-Dame pour remplacer un État défaillant ». Et Didier Rykner tranche : l’établissement public, « qui a joué son rôle et veut désormais dénaturer la cathédrale », « n’a plus aucune raison d’être. Il doit être supprimé ».
Source : https://www.latribunedelart.com/plus-un-sou-pour-notre-dame
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