Par Philippe Barandiarán
Occupant le large chemin qui conduit à Chartres, un nombreux troupeau de brebis regagne la bergerie. Gardé par deux chiens, sur les côtés, il paît tranquillement tout en avançant.
Le soleil perd de sa force et se cache maintenant derrière un immense nuage qui s’élève, dominant l’horizon. Une atmosphère de quiétude inonde le tableau.
Au centre, l’homme : un humble berger, habitué aux grands espaces, à respirer l’air pur, l’odeur de la terre mouillée par les premières pluies de l’automne, à jouir d’un simple coucher de soleil ou de quelques rayons qui viennent baigner son visage.
Toutes ces simples magnificences lui entrent par les sens, apaisent son corps, mais surtout parlent à son âme. Il ne saurait probablement pas les décrire. Mais, légèrement méditatif, tranquille, il est comme un souverain pour qui tout cela existe. Dans cette joie paisible, il ressent l’émotion de l’intemporel, et il n’est rien qui ne lui parle de la douceur et de la grandeur de Dieu, du sens de sa propre existence et du sublime destin de son âme.
Au loin, la silhouette bleutée de la cathédrale de Chartres le lui rappelle, pointant ses tours vers le ciel.
Combien de fois la vie de nos jours s’éloigne de cet idéal qui, évidemment, est réalisable aussi bien à la campagne que dans une existence urbaine conçue selon les formes chrétiennes.
Mais le vacarme des immenses Babels modernes, le bruit des machines, le tumulte des voix des hommes, qui s’affairent à la poursuite de l’argent et de la « jouissance », qui doivent tout faire en courant, sans avoir le temps de rien, qui ne savent ni travailler sans s’exténuer, ni dormir sans calmants, ni se divertir sans excitants, tout cela est l’agitation dans le désordre d’une société qui ne trouvera la véritable paix que lorsqu’elle aura retrouvé le vrai Dieu.
——————–
Alexandre Ségé, peintre et graveur français, naquit en 1819 à Paris et mourut en 1885 à Coubron, en région parisienne. Il fut l’élève de Léon Cogniet et de Camille Flers à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il se distingua par la peinture de paysages comportant des éléments de scènes de mœurs, inspirés de l’œuvre de Jules Breton. Il exposa au Salon de Paris à partir de 1844. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1874.
Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-1728-campos-de-chartres
Photo : Alexandre Ségé, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons