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Saumur : le banquet qui entra dans l’Histoire

Dans un célèbre livre des Heures du duc de Berry est représenté le château français de Saumur, sur la Loire.

Malheureusement, il fut ravagé au cours des guerres de Religion menées par les protestants calvinistes.

Il finit en ruines et dans l’oubli durant la période qui s’étend de la fin du Moyen Âge, en passant par la Révolution française, jusqu’à nos jours.

Au cours des dernières décennies, Saumur a fait l’objet d’une restauration, mais celle-ci n’est pas encore parvenue à lui rendre le niveau de splendeur qu’il avait au Moyen Âge.

C’est l’un des plus beaux châteaux médiévaux et l’un de ceux dans lesquels l’âme du Moyen Âge s’exprime et se représente le mieux.

Saumur fut le symbole d’une époque et d’un art de vivre qui associait dans une heureuse harmonie nobles et paysans, riches et pauvres, tous profondément catholiques.

C’est là qu’eut lieu un célèbre festin offert par un saint roi : saint Louis IX.

Le banquet de Saumur

En 1237, alors que saint Louis était encore un très jeune roi, il investit son frère Alphonse comme comte de Poitiers, un fief extrêmement riche, brillant et peuplé.

Malheureusement, un foyer de révolte de la noblesse locale y couvait !

Excités par le roi Henri III d’Angleterre, qui rêvait de devenir roi de France, les seigneurs féodaux ne cessaient d’intriguer.

La discorde qui allait déboucher sur la guerre de Cent Ans commençait déjà à germer.

Les intrigants avaient raillé le jeune monarque en le traitant de « roi des moines », de « dévot » incapable de défendre son héritage.

Saint Louis IX voulut donner à l’investiture de son frère un caractère officiel et solennel. Les festivités comprirent un célèbre banquet à Saumur et furent décrites par Joinville, auteur d’une incomparable biographie du saint roi et sorte de premier ministre du comte de Champagne, l’un des seigneurs les plus puissants, riches et autonomes de France.

— « Le roi tint une grande Cour en Anjou. J’y étais et je témoigne que ce fut la mieux ordonnée que j’aie jamais vue. »

Et après avoir décrit les grands personnages du royaume assis à table dans leurs brillants vêtements, il poursuit :

« Derrière eux se trouvaient environ trente chevaliers vêtus de tuniques de soie qui les entouraient. Et, derrière les chevaliers, un grand nombre de valets portant les armes du comte de Poitiers brodées sur du taffetas.

« Le roi était vêtu d’une tunique de soie brodée de couleur bleue, sur laquelle il portait un manteau de soie rouge brodé et doublé d’hermine, avec un bonnet de coton sur la tête, qui, d’ailleurs, ne lui allait pas trop mal !!!, car il était jeune. »

Ainsi se présentait ce tertiaire franciscain qui marchait pieds nus dans les processions, car le bien de l’ordre politique et social, l’harmonie de l’ordre chrétien, ainsi que la vocation et la charge que Dieu lui avait confiées l’exigeaient.

Mais, derrière l’éblouissante fête, le drame couvait.

Par ces cérémonies, saint Louis voulut manifester son pouvoir suprême sur le fief. Mais les seigneurs locaux insoumis les interprétèrent comme une provocation et en prirent prétexte pour se révolter.

Le chef des dissidents était Hugues de Lusignan, comte de la Marche, qui, à l’exemple de Judas Iscariote à table avec Jésus lors de la Cène, était assis à la table du roi. Et son suzerain était le roi d’Angleterre, Henri III.

La rumeur se répandit comme une traînée de poudre : saint Louis voulait usurper les droits du roi anglais. La preuve ? Le festin et la nomination de son frère comme comte de Poitou !

Fou de rage, Hugues de Lusignan quitta précipitamment Saumur, promit de renier sa vassalité envers le roi de France et forma une ligue militaire contre la Couronne.

Le roi d’Angleterre lui garantit des troupes qui viendraient par mer. Les insurgés attendaient des renforts d’Espagne ainsi que l’attaque de l’empereur allemand, qui surprendrait le roi de France par-derrière.

Saint Louis ne se laissa pas prendre au dépourvu : il était parfaitement informé des plans, des tractations et des réunions secrètes de ses adversaires. Et avant même que les troupes anglaises ne débarquent, il prit l’offensive !

Les châteaux de Hugues de Lusignan capitulèrent les uns après les autres. Et lorsque le roi anglais posa le pied à terre avec son armée, il était déjà trop tard. Il osa néanmoins affronter le « roi dévot ».

Le choc eut lieu à Taillebourg, en 1242, bataille qui se prolongea à Saintes. La charge de cavalerie menée par le saint sur un superbe cheval blanc décida de la bataille et changea le cours de l’Europe féodale.

« Louis — raconte l’historien Henri Pourrat (Les Saints de France, Éditions Contemporaines Boivin, 1951) —, à la tête de seulement huit hommes d’armes, se lança sur le pont de Chernete et soutint l’assaut de mille Anglais, jusqu’au moment où ses hommes arrivèrent, enthousiasmés par l’exploit du roi. »

Des siècles plus tard, le peintre Delacroix immortalisa cet exploit. Il s’en fallut de peu que le roi d’Angleterre ne fût fait prisonnier. À partir de Taillebourg, l’Europe sut que ce roi des moines maniait l’épée avec une implacable maîtrise.

Victorieux avec éclat, saint Louis fit preuve d’une magnanimité, d’une intelligence, d’un tact politique et d’une vision historique qui impressionnèrent l’Europe féodale.

Ses conseillers voulurent le convaincre de dépouiller les vaincus. Le saint réaffirma qu’il en avait le droit, mais il ne demanda que ce qu’il jugeait politiquement judicieux.

Au roi d’Angleterre vaincu, il céda les régions françaises du Limousin, du Périgord, de l’Agenais, de la Saintonge et une partie du Quercy, à condition qu’il devînt son vassal par le serment sacré de vassalité. Louis IX voulut affermir les liens d’amour entre les descendants des deux couronnes.

Le roi d’Angleterre en vint à lui rendre les hommages dus par un subordonné. Ce faisant, la guerre de Cent Ans fut repoussée d’un siècle.

Au comte Hugues de Lusignan, chef des révoltés, le roi laissa un tiers de ses biens. Retiré sur ses terres, celui-ci mourut de chagrin.

C’est dans un cadre palatial tel que celui de Saumur que se réglaient les grandes affaires des pays.

Dans les châteaux évoluaient des âmes bonnes et mauvaises. Mais les bonnes, comme celle de saint Louis, prédominaient, et ce sont elles qui imprimaient leur style aux châteaux.

Aujourd’hui, les personnages publics sont autres et les lieux de gouvernement sont bien différents. Il y a sans aucun doute parmi eux des hommes mauvais. Y en a-t-il de bons ?

Une chose est certaine : les édifices gouvernementaux qu’ils construisent sont souvent ennuyeux ou hideux et, s’ils ont des histoires à nous raconter, elles peuvent être banales ou sordides.

Source : https://castelosmedievais.blogspot.com/2015/09/saumur-o-banquete-que-passou-para.html

Photo : Rolf Kranz, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Posted in Châteaux

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