Dieu révéla à Antoine, alors qu’il prêchait à Padoue, le danger dans lequel se trouvait son père innocent, le jour même où la sentence devait être exécutée. Il demeura « en suspens », rapportent les chroniques, puis apparut à Lisbonne, plaidant devant le tribunal des juges.
Tous les recours ayant été épuisés, il les supplia de l’accompagner jusqu’au tombeau afin de recueillir le témoignage du mort. C’est cet épisode que Goya choisit pour décorer la coupole de l’ermitage de San Antonio de la Florida.
Autour d’une balustrade circulaire se presse une foule de personnages dans des attitudes diverses, plus de cinquante témoins du miracle, presque réduits à de simples silhouettes par de violents coups de pinceau. Ce sont des figures dotées d’une personnalité saisissante et d’une existence propre, dignes de figurer dans la série d’estampes des Caprices de l’artiste, dans laquelle celui-ci fustige sans pitié, mais avec grâce et originalité, les vices et les abus de la société, non sans une certaine ironie.
Au milieu de cette foule indistincte se détache la figure du saint, légèrement incliné sur un petit monticule rocheux, vêtu de son habit franciscain, la tête entourée d’une auréole, seul symbole surnaturel de la scène.
L’expression concentrée, les lèvres serrées, il s’adresse au défunt qui, appuyé sur un escabeau, est soutenu par un homme le tenant par la taille. Il s’agit d’un corps livide, les bras et les mains dans une attitude de prière, le visage défait, les yeux presque fermés, mais la bouche ouverte, proclamant l’innocence de l’accusé.
La femme qui ouvre les bras, le visage angoissé, semble être la mère du saint. Derrière elle se tient un vieillard appuyé sur un bâton, le visage marqué par la douleur : son père.
Des garçons veulent s’approcher du spectacle et grimpent, sans le moindre respect, sur la balustrade. Puis, nous tournant le dos, un homme prend la fuite. C’est un paysan coiffé d’un large chapeau qui, la tête baissée, semble se hâter de sortir du cercle des spectateurs. Son attitude a conduit certains à supposer que Goya avait voulu représenter l’assassin.
À côté de lui apparaissent deux visages sévères appartenant à la catégorie des « indifférents », selon la description du professeur Enrique Lafuente Ferrari.
Car il y a toujours des indifférents devant la vertu, devant le prodigieux ou le sublime ! Ce sont les hommes « raisonnables »… et probablement médiocres, envieux et, pour finir, naturellement vindicatifs.
L’agitation se répand. Les personnages se pressent les uns contre les autres en contemplant l’événement. Après avoir témoigné, le ressuscité retournera à la mort. Et au milieu de la confusion, le frère disparaît sans que personne s’en aperçoive, avant de reprendre son sermon à Padoue.
Francisco José de Goya y Lucientes, 1746-1828
Lorsque Goya commence à peindre à San Antonio de la Florida, en 1798, il a déjà dépassé la cinquantaine et s’est imposé dans la capitale du royaume, Madrid.
Sa peinture a déjà connu ce brusque changement qui apparaît après la grave maladie dont il réchappa en 1792 et dont la conséquence fatale fut sa surdité.
Le peintre se replie alors sur lui-même et laisse s’exprimer, dans le dessin, la gravure et la peinture, sa manière de voir, de comprendre et de supporter la réalité.
Dans ses portraits, il cherchera à saisir la psychologie du personnage et concentrera son attention sur le geste et le regard.
Felipe Barandiarán
Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-2007-milagro-del-testigo-resucitado
Photo : Attributed to Francisco Goya, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons