Par Felipe Barandiarán
Voici un portrait à la fois amusant et attendrissant de la vie scolaire au XIXe siècle, où l’enfance se manifeste dans toute sa spontanéité.
Le centre de l’attention est capté par ce garçon en blouse bleue qui, juché sur un immense globe terrestre suspendu au plafond par une poulie, joue comme s’il chevauchait le monde entier, tandis qu’un camarade le pousse par derrière. Il s’agrippe à la corde avec l’innocence de celui qui ignore le danger et avec le sourire espiègle de celui qui se sent, l’espace d’un instant, maître du monde. Le globe, conçu comme un instrument d’enseignement de la géographie, se transforme ainsi en balançoire, en planète conquise par l’imagination enfantine.
Autour de lui, d’autres enfants prennent part au tumulte : l’un d’eux, vêtu d’une veste rouge, complice enthousiaste de cette espièglerie, commande le mouvement du globe en tirant sur la corde qui pend à son extrémité. Un autre, appuyé nonchalamment sur son pupitre, observe avec curiosité, et peut-être avec admiration, ce spectacle divertissant, tandis que son voisin s’est mis à genoux sur le banc pour suivre de plus près le mouvement et encourager ses camarades. L’enfant du fond de la classe, ainsi que celui qui est assis contre le mur, restent indifférents à la scène et ne prennent pas part à la farce : ils s’occupent à mettre leurs devoirs à jour ou à lire un livre.
La variété des attitudes reflète bien la diversité des tempéraments enfantins : l’audacieux qui agit, le complice qui encourage, le rêveur qui contemple, et ceux qui possèdent leur monde intérieur et ne se laissent pas entraîner par le courant du vacarme. Aucun d’entre eux ne manifeste la moindre malice ; il s’agit plutôt de ce pur débordement d’énergie qui caractérise l’enfance lorsque la discipline se relâche momentanément.
Le mobilier est simple et austère : des pupitres en bois sombre, des bancs continus et un plancher de lattes usées et éclaircies par le temps, sur lequel gisent cahiers, feuilles et objets scolaires révélant l’intensité de cette joyeuse agitation. Le panier du goûter et le cartable de cuir suspendu négligemment par sa courroie sont les témoins silencieux d’un lieu d’étude soudain transformé en récréation improvisée. Aux murs, on distingue des cartes, des planches pédagogiques ainsi que toute une série de dessins au fusain réalisés par les élèves.
Par la porte entrouverte apparaît la silhouette du maître, avec une expression de surprise, peut-être même d’inquiétude contenue. Son visage traduit la tension de celui qui revient dans la salle de classe et découvre que le silence studieux a été remplacé par un véritable carnaval enfantin. On y lit plus d’étonnement que de colère ; il semble suspendu entre la réprimande qu’il devra adresser et l’effort qu’il fait pour retenir un sourire devant l’imagination de ses élèves.
Ce tableau est un hymne à l’enfance : à cette inventivité inépuisable qui transforme les choses sérieuses en jeu, à cet élan vital qui ne distingue pas encore le devoir du divertissement. Il n’y a ici aucune méchanceté, mais seulement cette inclination naturelle des enfants vers les espiègleries : explorer, essayer, rire, inventer. Si l’école représente l’ordre et la discipline, les enfants incarnent ce torrent de vie qui déborde de toutes parts.
L’artiste nous offre ainsi une image à mi-chemin entre le comique et la tendresse : une salle de classe transformée en fête foraine, où les petits, l’espace d’un instant, font véritablement « le tour du monde », non à l’aide de cartes ou de leçons, mais grâce à l’audace joyeuse de l’enfance. Il nous suggère ainsi que les espiègleries, plus que d’être étouffées, doivent être comprises et orientées avec sagesse.
Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-2131-la-vuelta-al-mundo
Photo : André Henri Dargelas, Public domain, via Wikimedia Commons