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Cardinal Sarah : « L’Église n’est pas une ONG, mais un mystère »

À travers son nouveau livre, 2050, publié avec Nicolas Diat, le cardinal Robert Sarah livre une réflexion grave, spirituelle et profondément enracinée sur l’avenir de l’Église. Né en 1945 en Guinée, ancien archevêque de Conakry, ancien préfet du dicastère pour le Culte divin, créé cardinal par Benoît XVI, il demeure l’une des voix les plus écoutées du catholicisme contemporain. Dans un entretien publié dans ses colonnes du Figaro, il revient sur la crise de l’Occident, la mission de l’Église, la liturgie, la vocation sacerdotale, la défense de la vie et l’avenir chrétien de l’Europe.

D’abord, il explique le sens même de son livre. Pour le prélat, 2050 est d’abord un acte de foi : « Je pense que c’est un acte d’action de grâce, remercier Dieu de ce qu’il a fait de moi. Il m’a fait découvrir sa présence à travers des missionnaires et m’a conduit jusqu’au cœur de l’Église à Rome. Jamais je n’aurais imaginé être là, collaborateur du Saint-Père. Ce que j’écris est donc une profession de foi et une action de grâce. »
Puis il fixe l’horizon. Malgré les troubles présents, il refuse tout désespoir : « 2050 est une invitation à rester fidèles à ce que nous avons reçu du Christ : une Église lumière du monde. Malgré les angoisses et la confusion, elle restera un phare, car elle est œuvre de Dieu. Elle connaîtra des épreuves, mais, si elle demeure fidèle à la Parole, lumière et nourriture, alors, quelles que soient les ténèbres, elle restera guidée par le Christ, lumière du monde. »

Son inquiétude vise surtout l’Occident.Il le dit avec netteté : « Mon inquiétude vient surtout de la manière dont l’Occident accueille aujourd’hui Jésus-Christ. On a l’impression qu’il ne s’y intéresse plus, alors qu’il a transmis l’Évangile et possède une longue expérience chrétienne, liturgique, théologique et monastique à partager. » Mais il ajoute aussitôt qu’il demeure des signes d’espérance : « Pourtant, il existe des signes de réveil : nouveaux baptêmes, vie monastique. »

Sur la mission de l’Église, le cardinal Sarah récuse toute réduction sociologique. Il rappelle l’essentiel : « La mission de l’Église est de relier l’homme à Dieu et de transmettre sa parole. Les questions sociales sont importantes, mais ne peuvent être son unique rôle. » Et il tranche : « L’Église n’est pas une ONG, mais un mystère, le corps du Christ appelé à éclairer le monde, lumen gentium. Sa mission est de ramener l’homme à Dieu. »

Cette fidélité passe, selon lui, par la liturgie. Le cardinal parle ici avec une insistance particulière : « Il faut redécouvrir cette mission : transmettre la parole et l’amour de Dieu. Elle doit persévérer, prier et garder une liturgie authentique. La liturgie, aujourd’hui, est parfois abîmée et trop bruyante. Comme si on se célébrait nous-mêmes. La messe, ce n’est pas de la “convivialité”. » Il précise encore : « Une liturgie plus silencieuse doit adorer et célébrer la grandeur aimante de Dieu, tournée vers le salut des hommes. Aujourd’hui, on ne parle presque plus du salut ni de l’âme. Or, l’Eucharistie nourrit l’âme. Sans cela, l’Église manque sa mission. »
Il voit d’ailleurs dans le nouveau pontificat un recentrage salutaire.
À propos du pape Léon XIV, il observe : « Dès sa première homélie, le pape a centré tout sur le Christ, pas sur les questions sociales. Il invite à chercher Dieu, rappelle l’importance du sacerdoce et remet la liturgie dans le regard de Jésus-Christ. Ainsi, il recentre l’Église sur sa mission première : annoncer le Christ, la vie, la lumière et le chemin. »

Sur la crise des vocations, le cardinal Sarah remonte à la racine. Pour lui, le problème n’est pas d’abord disciplinaire, mais anthropologique et familial : « Les vocations viennent avant tout des familles, or l’Occident détruit souvent la famille, qui est le lieu de la vie et des enfants, source des vocations sacerdotales. Recréer et valoriser la famille est donc essentiel. » Et il écarte clairement la solution du mariage des prêtres : « Supprimer le célibat ne relancera pas les vocations. » Pourquoi ? Parce que « le prêtre est ipse Christus, le Christ lui-même. Il ne s’est jamais marié. Donc, si on veut vraiment imiter Jésus, si on veut vraiment le Christ lui-même, il faut maintenir le célibat. »

Quand il parle de l’Occident, son diagnostic est sévère. Il résume la situation par deux images frappantes : « Une société, comme un arbre, meurt si elle se coupe de ses racines. Un fleuve s’assèche s’il perd sa source. L’Occident a besoin de Dieu pour vivre. » Puis il insiste : « Vous avez renoncé à vos racines chrétiennes, au moins en théorie. Car, dans la pratique, votre musique, votre architecture, votre littérature, tout est chrétien. Vos villes, vos rues ont des noms chrétiens.

Sur la loi relative à la fin de vie, sa parole devient particulièrement ferme. Il dénonce une rupture morale radicale : « Je pense que vous prenez une décision qui va au-delà de votre pouvoir. Personne ne peut décider qui doit mourir, qui doit vivre, sauf Dieu. Personne ne peut dire “cet enfant est malformé, il doit disparaître”. Ce sont des lois inhumaines, à mon avis. Toute vie est digne de respect. La liberté, ce n’est pas de tuer quelqu’un. Tuer quelqu’un, c’est de la barbarie. »

Mais cette défense de la vie s’enracine dans une vision plus vaste de l’homme. Le cardinal Sarah rappelle la mission de l’Église : « L’Église doit proclamer clairement cette vérité : nous sommes faits à l’image de Dieu, par amour. » Et il ajoute une phrase centrale pour comprendre sa pensée : « La grandeur de l’homme, pour moi, c’est quand l’homme se met à genoux devant Dieu, reconnaît Dieu comme son père, comme son créateur, qui lui veut du bien. »

Enfin, il voit dans le regain des baptêmes en France un signe encourageant. Il y discerne un besoin spirituel profond : « L’homme a la nostalgie de Dieu et cherche à le retrouver, ce qui explique l’augmentation des baptêmes, signe de résurrection et de vitalité de l’Église. » Mais il avertit aussitôt : « Baptiser ne suffit pas. Il faut que les baptisés vivent en chrétiens, incarnent le Christ et reflètent sa parole. »

Dans cet entretien, le cardinal Sarah ne propose ni adaptation mondaine ni christianisme affaibli. Il appelle à une Église plus priante, plus fidèle, plus liturgique, plus missionnaire, et plus enracinée dans la vérité sur Dieu et sur l’homme. À ses yeux, l’avenir de l’Église ne dépendra pas de sa capacité à imiter le monde, mais de son courage à rester ce qu’elle est : la lumière du Christ au milieu des ténèbres.

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/religion/cardinal-robert-sarah-l-homme-occidental-a-la-nostalgie-de-dieu-et-cherche-a-le-retrouver-20260403

Photo : François-Régis Salefran, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Posted in Actualités, Perspective Catholique

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