Le style gothique est le fruit d’un mouvement né en « Île-de-France », véritable berceau géographique de cette architecture et de la scolastique.
De là, il s’est répandu, en adoptant des caractéristiques locales, tout en conservant ses éléments fondamentaux.
Un cercle de cinquante lieues, soit environ 330 kilomètres, tracé avec Paris comme centre, englobe sinon toutes les églises ogivales de la première période, du moins celles dans lesquelles l’art gothique primitif se manifeste avec toute son exubérance et dans toute sa splendeur.
C’est là que, de l’avis général, la haute scolastique a vu le jour vers le XIIe siècle, précisément au moment où le style du haut gothique remportait ses premiers triomphes à Chartres et à Soissons ; et c’est là qu’une phase décisive, voire classique, a été atteinte dans ces deux domaines sous le règne de saint Louis (1226 – 1270).
C’est au cours de cette période que se sont illustrés, parmi les philosophes de la haute scolastique, des figures telles qu’Alexandre de Hales, Albert le Grand, Guillaume d’Auvergne, saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin.
On peut également citer les architectes du haut gothique, parmi lesquels figuraient Jean de Loup, Jean d’Orbais, Robert de Luzarches, Jean de Challes, Hugues Libergier et Pierre de Montereau ; et les traits distinctifs de la haute scolastique – pour la différencier de la scolastique primitive – sont remarquablement similaires à ceux qui caractérisent l’art du haut gothique, le distinguant ainsi du gothique primitif »[1].
Depuis la France, en 1175, ce nouveau style se propage en Angleterre grâce au maître Guillaume de Sens, chargé de la reconstruction de la cathédrale de Canterbury. En Allemagne, l’influence gothique ne se fera sentir que plus tard.
Au XIIe siècle, l’architecture romane y est encore en plein essor. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que le style ogival atteindra l’Italie et d’autres pays d’Europe méridionale.
Au départ, le gothique était un style architectural essentiellement religieux.
L’habitat restait roman, mais ce style s’étendit aux palais et aux édifices publics, grâce à son incroyable plasticité.
Ce n’est pas sans raison que Ruskin considère que « d’un certain point de vue, le gothique n’est pas seulement le meilleur, mais le seul style architectural rationnel »[2], celui qui peut s’adapter plus facilement à toutes les fins, des plus nobles aux plus triviales.
Tel était le jugement d’un homme qui n’était pas catholique, bien au contraire, et qui a commis de grandes injustices à l’encontre de la véritable Église à plus d’un titre dans sa vaste œuvre de critique d’art.
Il s’incline cependant avec révérence devant ce style architectural né au cœur même de la chrétienté, à une époque où l’unité catholique atteignait son apogée.
Ce qui caractérise la première phase de l’art gothique, c’est cette aspiration vers les hauteurs, cette ascension vers le ciel, non seulement à travers ses tours vertigineuses, mais surtout dans l’audace verticale de ses intérieurs, avec la création d’une nouvelle perception de l’espace et la prépondérance des ouvertures sur les masses des remparts et des murs de pierre.
(Source : Catolicismo, juin 1960, n° 114)
[1] Erwin Panofsky, « Architecture gothique et scolastique », version espagnole, éd. Infinito, Buenos Aires, 1959, p. 12.
[2] John Ruskin, « The Stones of Venice », éd. Allen et Unwin, Londres, 1925, vol. II.
Source : https://catedraismedievais.blogspot.com/2018/01/origem-do-gotico.html
Photo : André Alliot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons