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       Une histoire digne de la Légende Dorée

Dans la ville de Béthune, dans le nord de la France, depuis 800 ans, la Confrérie des Charitables de Saint-Éloi est chargée d’enterrer chrétiennement les morts dont personne ne veut s’occuper.

Ils ne font aucune distinction entre les riches et les pauvres. Pas de pompes fastueuses ni de processions imposantes, juste une confrérie médiévale, qui porte aujourd’hui des costumes rappelant l’époque napoléonienne. 

Dans la ville, près de 90% des enterrements sont réalisés par eux et « il est exceptionnel qu’une famille ne compte pas sur nous », affirme Robert Guénot, intendant ou recteur de la confrérie.

Guénot, 72 ans, n’a pas eu peur d’affronter la pandémie, qui s’inscrit dans les huit siècles d’histoire des Charitables de Saint Eloy.

Ils ont commencé ce labeur en 1188, pendant la calamiteuse peste noire qui ravageait l’Europe à l’époque, anéantissant même la moitié des habitants de certaines villes. Leur devise est « Exactitude, Union et Charité« .

A l’époque, à Béthune, « il y avait tellement de morts que les gens n’osaient pas les toucher, et les cadavres débordaient de la ville », évoque Guénot.

Une histoire digne de la Légende Dorée

Les forgerons Germon, de la ville de Beuvry, et Gauthier, de la ville de Béthune, firent le même rêve, dans lequel leur patron Saint Eloy leur apparut en leur demandant : « Formez une institution charitable pour enterrer les morts ».

Il s’agit de l’évêque de Noyon, appelé Eloy ou Eligius (588-660), un moine célèbre pour avoir été conseiller du roi Dagobert. Il était très populaire dans toute la France. Réputé pour sa pénitence, sa charité envers les nécessiteux, ainsi que pour ses nombreuses conversions et fondations. Il avait le don des larmes.

Les deux forgerons ne savaient pas comment procéder, mais ils se retrouvèrent à la fontaine du parc de Quinty, comme le saint leur avait ordonné dans leurs rêves respectifs.

Ils ont décidé de commencer à partir de rien. Bientôt, de nouveaux candidats sont apparus, et jusqu’à ce jour, le rêve surnaturel continue de porter des fruits admirables de miséricorde.

La confrérie a traversé des moments où d’autres personnes de moindre vertu auraient abandonné pour toujours.

Pendant la Révolution française, égalitaire et anti-chrétienne, les « charitables » furent mis hors la loi par les révolutionnaires, mais ils continuèrent leur apostolat en secret, même lorsque, en représailles « républicaines », trois de leurs membres furent décapités par la Terreur.

La confrérie retrouve sa légalité sous Napoléon Bonaparte et, en l’honneur de l’empereur, elle échange le tricorne contre le bicorne.

La confrérie est désormais une entité séculière, et c’est peut-être pour cette raison qu’elle a échappé aux ravages progressifs de la révolution ecclésiastique post-conciliaire.

Mais elle reste liée au saint patron des orfèvres, bijoutiers, forgerons et métallurgistes, à ses processions et messes, et à son église, dont les vitraux, ainsi que la chapelle de St Eloy, reflètent l’abnégation des « charitables ».

Ils sont la fierté de la ville. Ils ont reçu la médaille de la Légion d’honneur à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour avoir désobéi aux Allemands qui leur avaient interdit d’enterrer une centaine de combattants français tués lors du bombardement d’un hangar où ils résistaient.

Un par un, ils ont transporté tous les corps, du bâtiment détruit jusqu’au cimetière. Leurs inhumations sont solennelles, mais toujours gratuites : les autorités comme les sans-abris en font leur dernier « voyage », portées dans leurs bras.

« Aujourd’hui, nous sommes une trentaine et seuls une dizaine d’entre nous ne sont pas à la retraite », explique Guénot, précisant que c’est lui qui a décidé de continuer lorsque le coronavirus a frappé.

Dans le département du Pas-de-Calais, il existe 40 confréries comme celle de Béthune, mais elle est l’une des rares à avoir continué à travailler à la suite de l’épidémie de COVID-19.

Une journée récente suivie par des journalistes

La réunion des « charitables » a lieu à la porte du cimetière.

Le recteur et le « chéri », chargé d’organiser la cérémonie, sont les premiers à arriver. Ils conservent également le carosse noir dans lequel ils transportent le cercueil.

Peu à peu, les frères arrivent vêtus de l’uniforme correspondant, auquel s’ajoute maintenant un détail circonstanciel : les masques.

À la maison, ils s’habillent avec une parcimonie solennelle et leurs épouses sont chargées de veiller à ce que les uniformes soient impeccables.

Le « chéri » vérifie qu’il n’y a pas le moindre oubli, sinon, à la fin du service, il inflige une pénalité de 50 centimes à ceux qui ont commis un quelconque manquement au strict protocole.

Lorsque le journaliste arrive au cimetière, l’enterrement de Raimunda, 92 ans, décédée du coronavirus, devait avoir lieu. Les parents de Raimunda venaient de Lille, et ils sont venus à la fraternité pour une raison particulière :

« Mon grand-père est mort il y a quarante ans et a également été enterré par eux. Je pense que c’est un bel hommage qu’ils soient là maintenant pour ma grand-mère », dit le petit-fils de la défunte.

Les personnes « charitables » se tiennent autour du corbillard et lorsque le conducteur du funérarium ouvre la porte arrière du véhicule, Guénot prononce quelques mots en forme de verset.

Au rythme lent d’une procession, ils franchissent d’un pas ferme la porte du cimetière, suivis en cortège par les proches du défunt.

Certains confrères ont eu peur du coronavirus, mais une fois encore, la vieille promesse a été tenue : Saint Eloy les protège, eux et leurs maisons, de toute contagion.

Aucun membre de la communauté, dans l’exercice de ses fonctions, n’a été victime d’une quelconque épidémie imputable aux corps des défunts.

Dans la tombe ouverte, à côté de son mari décédé en 1981, le nom de Raimunda est déjà gravé sur la pierre tombale.

Exalter la dignité de la mort

Le dernier à rejoindre la confrérie est Patrick Tijeras, fils d’immigrants espagnols, qui, à 55 ans, travaille dans la logistique.

« Ce qui m’a conduit à rejoindre la confrérie, c’est l’élégance de ce qu’elle représente, la dignité de la mort. Nous reconnaissons la dignité de la vie, de la maladie, et nous oublions parfois que la dignité de la mort existe aussi pour tous », dit-il.

« Nous ne sommes pas là pour juger qui a été bon ou mauvais, mais pour leur offrir une cérémonie noble, comme un roi. À Béthune, tout le monde sera roi un jour », déclare M. Tijeras.

Les locaux de la confrérie sont inclus dans l’itinéraire touristique de la ville. Le maire, quelle que soit sa couleur politique, respecte cette tradition et couvre les dépenses grâce aux dons des familles des défunts et de la municipalité, qui met à leur disposition une maison pour leurs réunions.

« Ceux qui viennent chez nous le font par le bouche à oreille. Beaucoup de gens pensent que la confrérie est élitiste, mais ce n’est pas vrai », affirme M. Guénot.

La fraternité n’a pas peur d’être critiquée et stigmatisée par des personnes sans foi : elle est accusée d’être une activité pour les vieux et les catholiques.

La dernière escorte

Cependant, ils forment la dernière escorte, ceux qui chantent le dernier adieu aux parents et amis qui quittent ce monde.

Et les voilà qui offrent « une noble cérémonie, comme un roi » à qui que ce soit, sans ressources ou couvert d’or, sous les bombes allemandes ou sous le joug invisible de la pandémie.

Une gloire accumulée pendant huit siècles à l’initiative d’un rêve de saint Eloy, et sous sa bénédiction protectrice, depuis le siècle des lumières, de la civilisation chrétienne médiévale. 

Source : https://www.tesorosdelafe.com/articulo-1551-funerales-dignos-de-reyes
Source photo : Ville de Béthune – Marc Vasseur

Posted in Actualités, Perspective Catholique

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