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Communisme et anticommunisme au seuil de la dernière décennie de ce millénaire

À l’occasion de la commémoration du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989), la TFP française offre à ses lecteurs un article publié en février 1990, quelques mois après cet évènement majeur.

À maints égards cet article est d’une terrible actualité !

Des pays tels que Cuba, Venezuela, Corée du Nord, Chine ne s’affichent pas encore comme étant des pays communistes ? Et que fait l’Occident ? Que font les catholiques de gauche adeptes de la théologie de la libération ?

Cet article est également actuel si on l’applique à d’autres formes de dictatures largement répandues de nos jours (dictature de la pensée, des médias, des idéologies religieuses ou de la contre-religion, etc.). Elles produisent des grands et importants « Mécontentements » dans l’Opinion publique française et même mondiale.

Devant ce nouveau scénario, est-ce que d’autres « murs de Berlin » doivent encore tomber ?

La Société française pour la défense de la Tradition, Famille, Propriété – TFP s'associe à la présente interpellation [1], écrite par le président de la TFP brésilienne, le professeur Plinio Corrêa de Oliveira, et la fait sienne, en ayant en vue la crise du communisme dans les pays de l'Est et ses répercussions en Occident, tout spécialement en France.

Même si, dans quelques aspects collatéraux, ce manifeste porte l'empreinte d'un contexte brésilien, nous avons préféré le publier tel quel, pour ne pas dénaturer un document dont la portée et l'opportunité ne pourront que frapper les lecteurs attentifs aux événements de l'Est.

Nous laissons au lecteur français le soin d'appliquer aux réalités actuelles de notre pays et à son histoire récente les questions soulevées ici en fonction d'un panorama plus général.

I – Le Mécontentement, un incendie qui désagrège le monde soviétique

Emblème D'état de l'Union Soviétique

Emblème D'état de l'Union Soviétique

Les réformes « pèrestroikiennes » en Russie soviétique, les mouvements politiques centrifuges qui ont presque conduit à la guerre civile l'Azerbaïdjan et ses enclaves arméniennes, agitent aussi la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie, sur les rives de la Baltique, comme, plus au sud, la Pologne, l'Allemagne de l'Est et encore la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Yougoslavie. Ajoutés à la chute spectaculaire du mur de Berlin et du rideau de fer, ces ébranlements constituent, dans leur ensemble, un mouvement cyclopéen comme on n'en a jamais vu d'aussi grand depuis les deux conflits mondiaux, ou peut-être depuis les guerres napoléoniennes.

Toute cette actuelle mise en mouvement de la carte européenne se revêt, ici ou là, de circonstances et de significations diverses. Mais sur celles-ci plane une signification générique, qui les englobe et les pénètre toutes d'un grand élan commun : c'est le Mécontentement.

Un Mécontentement majusculaire

Nous écrivons ce mot avec un « M » majuscule, parce qu'en lui confluent tous les mécontentements, régionaux et nationaux, économiques et culturels, depuis tant de décades, accumulés dans le monde soviétique, sous la forme d'une apathie indolente et tragique, de qui n'est d'accord avec rien, mais est empêché physiquement de parler, de bouger, de se soulever, en somme, d'extérioriser un désaccord efficace. C'était le mécontentement total, mais pour ainsi dire muet et paralytique, de chaque individu dans sa maison, dans son taudis ou sa masure, où la famille si souvent n'existe plus, puisque le mariage a fréquemment fait place au concubinage. Mécontentement parce que, plus d'une fois, les enfants ont été soustraits au « foyer » et livrés obligatoirement à l'État, recevant de lui seul la globalité de l'éducation. Mécontentement sur les lieux de travail, où la paresse, l'inaction et l'ennui ont envahi une bonne partie de l'horaire, où les salaires médiocres couvrent tout juste l'achat de denrées et d'articles insuffisants et de mauvaise qualité, produits typiques d'une industrie sous la coupe du capitalisme d'État. Au long des queues formées à l'entrée des établissements commerciaux, dont les rayonnages presque vides étalent surtout la misère, l'objet des commentaires et des murmures, c'est la complète carence de tout, en qualité et en quantité. Mécontentement, principalement, parce qu'il y a presque partout des cas de culte religieux interdit, d'églises fermées et de prédication religieuse entravée. Tandis que, dans les écoles, sévit l'enseignement obligatoire du matérialisme, de l'athéisme, en un mot, de l'irréligion communiste.

Et l'ensemble de ces maux afflige plus encore que la simple considération de chacun d'eux en particulier. Autrement dit, si contre tel ou tel aspect de la réalité soviétique se formulent des plaintes, contre l'ensemble de cette réalité, les faits les plus récents rendent manifeste que se soulève un incendie de véritable fureur. Fureur qui, par le fait même de s'en prendre à l'ensemble, s'en prend au régime, et enflamme toutes les capacités d'indignation de la personne humaine : un mécontentement global contre le régime communiste, contre le capitalisme d'État, contre l'athéisme despotique et policier, contre tout, enfin, ce qui résulte de l'idéologie marxiste et de son application à chacun des pays aujourd'hui en convulsion.

Il y a bien lieu, donc, de parler de Mécontentement. Probablement le mécontentement le plus étendu et le plus total que l'Histoire ait connu.

Les concessions peureuses et maugréantes de Moscou

On voit clairement que c'est pour éviter la transformation générale de ces mécontentements en révolutions et en guerres civiles que Moscou s'est résolu çà et là à de peureuses et maugréantes concessions.

A la lumière des faits, la portée de ces concessions s'avère des plus douteuses. Quoique de nature à tranquilliser un peu les esprits, elles donnent aux Mécontents une conscience redoublée de leur force, et de la faiblesse de l'adversaire moscovite, lequel hier encore leur paraissait tout-puissant. Il en découle que les apaisements sont tout à fait susceptibles d'être mis à profit par les Mécontents pour regrouper des masses croissantes d'adeptes et préparer celles-ci à de grands mouvements revendicateurs, prêts à exploser, dès demain peut-être, encore plus revendicatifs et pressants qu'hier.

Ainsi, pas à pas, pourra se développer le processus d'ascension caractéristique des mouvements insurrectionnels qui marchent vers le succès, en concomitance avec le déclin des establishments de gouvernements obsolètes et pourrissants.

Le plus grand cri d'indignation de l'Histoire

Si les événements se déroulent de cette manière dans le monde soviétique, sans rencontrer d'obstacles majeurs sur leur route, l'observateur politique n'a pas besoin d'être très pénétrant pour percevoir quel en sera le point terminal. C'est-à-dire l'effondrement du pouvoir soviétique dans tout l'immense empire naguère encerclé par le rideau de fer et la montée, du fond des ruines ainsi amoncelées, d'un seul, d'un immense, d'un tonitruant cri d'indignation des peuples asservis et opprimés.

II – Interpellation aux responsables directs d'un si grand malheur : les dirigeants suprêmes de la Russie soviétique et des nations captives

Ce cri d'indignation se tournera, avant tout, contre les responsables directs de tant de douleur accumulée pendant si longtemps, dans d'aussi immenses étendues, sur une masse de victimes aussi impressionnante.

À moins que la logique ait déserté totalement les événements humains (désertion tragique, que l'Histoire a enregistrée plus d'une fois dans les époques de complète décadence, comme celle de cette fin de siècle et de millénaire), les victimes de tant de calamités joindront leurs huées pour exiger du monde un grand acte de justice envers les responsables.

Ces responsables ont été, par excellence, les dirigeants suprêmes du Parti Communiste russe qui, dans l'échelle des pouvoirs de la Russie soviétique, ont toujours exercé la plus haute autorité, dépassant même celle du gouvernement communiste. Et, pari passu, les chefs des PC et gouvernements des nations captives.

Car ils ne pouvaient ignorer le malheur et la misère sans nom dans lesquels la doctrine et le régime communistes étaient en train d'enfoncer les masses. Néanmoins, ils n'ont pas hésité à diffuser cette doctrine et à imposer ce système.

III – Interpellation aux ingénus, aux mous, aux collaborateurs, volontaires ou non, du communisme, en Occident

Syrets (Syretskij concentration camp) Kiev - photo 2

Mais – toujours à conjecturer sur les rails de la logique – ce n'est pas seulement contre eux que tant d'hommes, de familles, d'ethnies et de nations demanderont justice.

Des historiens optimistes et superficiels ont amorti la réaction des peuples libres contre les manœuvres du communisme international

Dans un deuxième mouvement, ils se tourneront vers les multiples historiens occidentaux qui, durant cette large période de domination soviétique, ont relaté de façon optimiste et superficielle ce qui s'est passé dans le monde communiste. Ils leur demanderont pourquoi, dans leurs ouvrages de synthèse, lus et célébrés par certains médias dans le monde entier, ils se sont contentés de dire si peu de chose sur des malheurs si immenses. Ce qui a eu pour effet d'amortir la juste et nécessaire réaction des peuples libres contre l'infiltration et les manœuvres du communisme international.

Les hommes publics de l'Occident ont peu fait pour libérer les victimes de l'esclavage soviétique

Enfin, les mêmes Mécontents se tourneront vers les hommes publics des pays riches de l'Occident et leur demanderont pourquoi ils ont fait si peu pour libérer de la nuit épaisse et interminable de l'esclavage soviétique cette foule innombrable de victimes.

Nous savons bien qu'à cette heure-là ces hommes publics, toujours souriants, bien reposés, bien lavés et bien nourris, leur répondront jovialement : « Mais comment donc ! A nous, justement à nous qui avons envoyé à vos gouvernements tant d'argent, qui leur avons accordé tant de crédits, qui avons accepté comme bonnes tant de marchandises avariées fournies par votre déplorable industrie, et tout cela pour atténuer un peu votre faim, c'est à nous... que vous adressez cette censure insensée ! » Ils ajouteront : « Allez à l'ONU ; allez à l'UNESCO, et à tant d'autres institutions si attachées aux droits de l'homme et voyez combien de proclamations sonores et finement soignées, du point de vue littéraire, nous avons distribuées dans tout l'Occident, protestant contre la situation où vous vous trouviez... Rien de tout cela ne vous a-t-il suffi ? »

Si ces aimables potentats de l'Occident s'imaginent écarter ainsi les objections auxquelles ils seront irrémédiablement soumis, ils se trompent.

Les subventions de l'Occident ont prolongé l'action des bourreaux

La réalité n'est pas aussi simple, dans sa configuration concrète et palpable, ni aussi facile à comprendre et à décrire qu'ils ont l'air de le croire. Car les masses soulevées par le Mécontentement leur répondront forcément : « Imaginez des milliers, des millions d'individus, livrés ensemble aux tourments, dans des salles aussi vastes que des pays. Tel était le tableau présenté par le monde d'au-delà du rideau de fer. Les subventions envoyées par l'Occident ont été remises, la plupart du temps, non pas directement aux pauvres suppliciés, mais aux bourreaux, gardiens de ces salles de torture aux dimensions nationales. Autrement dit, aux gouvernements qui, sous la féroce direction de Moscou, maintenaient sous le joug de la servitude les nations dites « souveraines » et « alliées », comme la Pologne, l'Allemagne de l'Est, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et tant d'autres, et aussi les Républiques Socialistes Soviétiques « unies » à Moscou et autres circonscriptions territoriales dépendant plus clairement et directement des despotes du Kremlin. Ce sont ces gouvernements-bourreaux qui, la plupart du temps, recevaient les subsides de l'Occident. »

Mais voilà qu'à cette hauteur de la question apparaissent les doutes que les Mécontents ne manqueront pas de soulever. A ces doutes, il ne sera en rien facile de donner réponse.

En effet, il est indéniable qu'un peu de ces ressources reçues par les gouvernements fantoches d'au-delà du rideau de fer est finalement arrivé aux victimes, soulageant un peu de leur infortune, ou même évitant que certaines d'entre elles ne meurent de faim. Pourtant, des rangs mêmes des Mécontents, déjà avant les actuelles convulsions, partaient à ce sujet des objections embarrassantes.

Ainsi - faisaient déjà observer les plus éprouvés et les plus indignés d'entre eux - dans la mesure même où l'Occident donnait aux bourreaux des ressources propres à adoucir le dénuement des victimes, il leur fournissait les moyens d'atténuer l'indignation générale et prolongeait de la sorte la domination de ces mêmes bourreaux.

Dans ce cas, n'aurait-il pas été plus utile aux peuples subjugués que de l'Occident ne leur viennent pas ces ressources, de sorte que l'explosion du Mécontentement se produise très vite, et avec elle la libération finale et complète des malheureux subjugués ?

Une coopération suicidaire à la diffusion du communisme

Il faut avouer que, nous, la TFP, la question nous laisse perplexes... d'autant plus que nous n'avons jamais entendu dire que les bienfaiteurs occidentaux aient subordonné leur aide au droit d'exercer une sévère surveillance pour empêcher qu'elle soit employée à l'acquisition ou à la fabrication d'armements et de munitions, servant à maintenir sous le joug les peuples captifs. Ou qui, dans le cas d'une guerre contre l'occident, seraient utilisés contre les nations donatrices elles-mêmes.

Considérons les choses jusqu'au fond. Si Moscou a disposé d'or pour miner, avec ses réseaux de propagandistes et de conspirateurs, toutes les nations de la Terre, est-il bien certain que, dans les dépenses pharaoniques engagées à cette fin, ne sont pas entrées des portions considérables des sommes fournies, à tel ou tel titre, par les donateurs occidentaux ?

Tout compte fait, en même temps que bienfaiteurs des victimes du communisme, n'auront-ils pas été les complices involontaires - concédons-le - des geôliers, ainsi que les coopérateurs suicidaires d'une attaque contre l'Occident lui-même, tout en prenant part à la diffusion de l'erreur communiste dans toutes les nations ?

La croisade qui n'a pas eu lieu

Nous ne savons pas si ces nations captives parviendront un jour à être vraiment libres avant que ne surviennent les catastrophes punitives et purifiantes prévues par la Très Sainte Vierge lors des apparitions de Fatima (cf. Antonio A. Borelli, Fatima : message de tragédie ou d'espérance 2, éd. TFP, 1987, pp. 49-50).

Mais, ceci nous le savons, quand un jour ces nations seront libres, le Mécontentement demandera compte de tout cela aux « bienfaiteurs » des nations captives. Lesquels se verront obligés, pour la sauvegarde de leur réputation, à remuer beaucoup d'archives et à retirer de la poussière beaucoup de comptes... à moins qu'ils ne préfèrent escamoter tout cela et s'arranger pour que le silence retombe une fois de plus sur ces questions.

En vérité, les belles déclarations des ONU, UNESCO et congénères laisseront les mécontents indifférents. Autant que des victimes devant des sourires polis, de salutation et solidarité, venant de gens qui assisteraient les bras croisés à leurs tourments.

« Nous avions besoin d'une croisade qui vienne nous délivrer - s'exclameront-elles - et vous ne nous avez envoyé qu'un peu de pain pour nous aider à supporter pendant un temps indéfini notre captivité. Ignorez-vous par hasard que, pour le prisonnier, la grande solution n'est pas seulement le pain, mais bien, et surtout, la liberté ? »

Peut-être y aura-t-il des arguments valides à opposer à ces plaintes des captifs. Convenons, cependant, qu'ils ne seront pas faciles à trouver.

Une victoire des « durs » ne ferait qu'aggraver l'exaspération et les titres de plainte

La presse du monde occidental n'a pas manqué de noter que la victoire de ce gigantesque Mécontentement n'est pas encore indiscutable. Car personne ne peut garantir que l'écrasement de la rébellion, réalisé avec un tel succès et si prestement sur la Place de la Paix Céleste (!) à Pékin, et répété dernièrement, avec un succès, au moins apparent, dans la ville de Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, ne puisse se rééditer encore plusieurs fois dans d'autres foyers de Mécontentement. Admettons que, finalement, ces écrasements successifs parviennent à imposer au Mécontentement un caricatural masque de paix. De la paix cadavérique de ceux qui ont perdu la vie.

Un tel dénouement produirait, assurément, des effets globaux multiples, la plupart desquels ne sont pas encore prévisibles. Toutefois, du point de vue du Mécontentement, il ne ferait qu'aggraver l'exaspération et les titres de plainte, principalement à l'égard de l'Occident. Car, du fond de leurs cachots, les Mécontents ajouteraient encore quelques imprécations à la liste déjà longue de celles qu'ils ont accumulées contre nous, occidentaux.

Ils allègueront forcément contre l'Occident : « Jusqu'à 1989 - 90, nous n'avions pas encore rempli les airs du monde entier de nos gémissements. En 1989-90, il nous a été possible de le faire. Depuis lors, il n'est pas resté le plus mince voile qui puisse vous servir de paravent vis-à-vis de nous. Vous avez tout vu, tout entendu et, nonobstant, à ce que vous faisiez d'insuffisant en notre faveur, vous avez peu ajouté ».

Une fois de plus, il nous sera difficile et embarrassant de répondre.

IV - Interpellation aux dirigeants des divers PC disséminés à travers le monde

18ème congrès national du parti communiste chinois - Dong Fang [Public domain]

Cependant, il ne faut pas s'y tromper, en matière de reproches et de comptes à rendre, on ne doit pas seulement envisager la possibilité d'une polémique entre, d'un côté, les victimes criant à travers les fentes de l'immense cachot soviétique, qui se fissure de toutes parts, et de l'autre, leurs geôliers ; ou alors, entre ces mêmes victimes et les souriants et parcimonieux bienfaiteurs qui, en leur faveur, se seront manifestés de temps à autre en Occident, au long de nouvelles étapes de servitude dont Dieu seul sait quand elles vont terminer. Tout cela dépend des circonstances d'un avenir qui nous est encore énigmatique.

Il faut aussi envisager une autre polémique. Celle des populations occidentales contre les dirigeants des partis communistes confortablement installés, grâce au prestige d'une prétendue modernité idéologique et technologique de leur système, allié parfois à la force persuasive de l'or et à l'efficacité de leurs tactiques de propagande, dans toutes les nations non communistes du globe.

N'ont-ils donc rien vu ?

Au fil des décennies, les leaders communistes des divers pays ont entretenu un contact constant et multiforme avec Moscou. Ils se sont rendus là-bas plus d'une fois, reçus normalement comme comparses et amis.

Rien raconté ?

Aussitôt de retour, ils prenaient contact immédiatement avec leur PC respectif, où tous leur demandaient avidement ce qu'ils avaient vu et entendu dans cette véritable Mecque du communisme international qu'est Moscou.

Rien remarqué ?

Or, comme tout semble l'indiquer, de ce qui transparaissait du compte rendu de ces visiteurs auprès du grand public, on dirait qu'à aucun moment de ces visites ils n'avaient cherché à prendre directement connaissance des conditions de vie des Russes et des autres peuples subjugués. Ils n'avaient pas vu les queues interminables qui, au long de froides aurores, se formaient aux portes des boucheries, boulangeries ou pharmacies, dans l'attente de la marchandise qualitativement et quantitativement misérable, dont ils disputaient l'acquisition comme s'il s'agissait d'une aumône. Ils n'avaient pas remarqué les haillons sur le dos des pauvres. Ils n'avaient pas relevé le total manque de liberté qui affligeait tous les citoyens. Ils ne s'étaient pas impressionnés du triste et général silence de la population, craintive jusque d'ouvrir la bouche, tant elle redoutait la brutalité des suspicions policières.

N'avaient-ils pas, ces supporters du communisme dans les diverses nations du monde libre, demandé aux maîtres du pouvoir soviétique pourquoi une telle surveillance policière, si de fait le régime était populaire ? Et s'il ne l'était pas, quelle était la raison de cette impopularité d'un régime qui dépensait d'immenses budgets de propagande, pour persuader les Occidentaux de ce que les Russes avaient enfin trouvé la parfaite justice sociale, dans le paradis d'une abondance propre à satisfaire les besoins de tous ?

S'ils connaissaient le tragique échec du communisme, pourquoi le voulaient-ils pour leurs patries ?

Si les chefs communistes dans le monde libre savaient que le fruit du communisme était ce que le monde entier voit maintenant, pourquoi conspiraient-ils pour étendre ce régime de misère, d'esclavage et de honte à leurs propres pays ? Pourquoi n'épargnaient-ils ni argent ni efforts pour attirer à la dure tâche de l'implantation du communisme les élites de tous les secteurs de la population, à commencer par l'élite spirituelle qu'est le clergé, et à suivre par les élites sociales, de la haute et moyenne bourgeoisie, les élites culturelles des Universités et des moyens de communication sociale, les élites de la vie publique, civile ou militaire, en plus des syndicats et organisations de classe de tous ordres, pour atteindre enfin la jeunesse et l'enfance elle-même, jusqu'à la maternelle ? La passion idéologique les avait-elle aveuglés au point de ne pas se rendre compte que la doctrine et le régime qu'ils préconisaient pour leur patrie ne pourraient manquer d'y produire les fruits de misère et de malheur déjà survenus dans les immenses longitudes du monde soviétique, depuis les rives berlinoises de la Sprée, par exemple, jusqu'à Vladivostok ?

Quand une grande voix a dit la vérité : surprise

Avec tout cela, de la noire infortune où se trouvaient et se trouvent les peuples captifs, l'opinion publique occidentale se formait une idée si vague que, lorsqu'en 1984, un homme d'une remarquable intrépidité apostolique a eu le courage d'en dresser, en quelques fortes paroles, un tableau sommaire, tout s'est passé en Occident comme si une bombe avait fait entendre sa détonation dans le monde entier.

Qui fut cet homme ? - Un théologien de renommée mondiale, une haute figure de la vie de l'Eglise, il s'agit du Cardinal allemand Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Et que dit-il ? Voici ses paroles : « Des millions de nos contemporains aspirent légitimement à retrouver les libertés fondamentales dont ils sont privés par des régimes totalitaires et athées, qui ont pris le pouvoir par des voies révolutionnaires et violentes, précisément au nom de la libération du peuple. On ne peut méconnaître cette honte de notre temps : en prétendant leur assurer la liberté, on maintient des nations entières dans une condition d'esclavage indigne de l'homme » (Instruction sur quelques aspects de la « Théologie de la Libération », Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 6 août 1984, n XI, 10). Esclavage évidemment en rapport avec la misère générale (cf. Joseph, Cardinal Ratzinger et Vittorio Messori, Entretien sur la Foi, Fayard, 1985, p. 236).

Il a dit tout cela, et rien que cela, et l'opinion publique occidentale a frémi. Des années après, la gigantesque crise que traverse le monde soviétique est venue prouver non seulement que le Prélat avait raison, mais en outre que ses vaillantes paroles n'avaient donné qu'un tableau sommaire de toute l'horreur de la réalité.

La grande Interpellation qui viendra

Pour le moment, ce qui est en train de se passer dans le monde soviétique attire de telle façon l'attention générale, qu'il n'y a pas lieu ici d'entrer dans des réflexions, analyses et interpellations plus profondes.

Mais, pour tout cela, le jour viendra en son temps. Ce jour-là, l'opinion publique demandera avec plus d'acuité aux chefs des PC dans tout l'Occident pourquoi ils sont restés communistes, alors qu'ils savaient à quelle misère le communisme avait entraîné les nations subjuguées par Moscou. Elle exigera d'eux qu'ils expliquent pourquoi, connaissant la situation misérable de la Russie et des nations captives, ils ont consenti à diriger un parti politique qui n'avait pas d'autre objectif que d'entraîner à cette situation de pénurie, d'esclavage et de honte les pays du monde libre, ceux-là mêmes où ils étaient nés. Pourquoi, enfin, ils avaient recherché avec tant d'insistance ce ténébreux résultat, qu'ils n'ont pas hésité à cacher à leurs propres adeptes la vérité qui en auraient conduit certains - au moins - à déserter, horrifiés, les troupes rouges.

Cette attitude des leaders communistes des nations libres, conjurés avec Moscou pour le malheur de leurs pays respectifs, sera sans doute considérée, par la postérité, comme une des grandes énigmes de l'Histoire.

Cette énigme commence déjà à piquer la curiosité de ceux qui ont l'acuité de vue suffisante pour percevoir le problème et s'interroger à son sujet.

Le ravalement hâtif de la façade des PC ne suffit pas à garantir que les communistes soient effectivement en train de changer de doctrine

Le tableau, vieux de sept décennies, que tant de leaders des divers PC disséminés à travers le monde n'ont pas voulu ou su voir - et qui est maintenant si cruellement mis en évidence par les dramatiques événements qui agitent le monde soviétique - ce tableau, disions-nous, commence à projeter ces jours-ci un visible malaise dans les PC de divers pays. L'étiquette même de « PC », dont ils étaient si fiers, leur apparaît de plus en plus, sur le plan psychologique, inhabile, et sur le plan tactique, embarrassante.

C'est pourquoi plusieurs d'entre eux tendent à adopter aujourd'hui l'étiquette socialiste. Ce changement - disent-ils ne serait pas seulement d'étiquette, mais aussi de contenu.

Ces changements nous suggèrent d'emblée quelques réflexions :

1. Ce que les PC feront à l'avenir ne saurait, de soi, justifier ce qu'ils ont fait ou manqué de faire jusqu'à présent. Par exemple, leur changement d'étiquette n'explique en aucune manière pourquoi, jusqu'à maintenant, ils ont appuyé tout ce qui se faisait dans le monde soviétique, ni le silence entier des PC du monde libre sur la terrible misère qui règne en Russie et dans les nations captives. Cela dit, les questions et interpellations énoncées plus haut se posent de la même façon.

2. Les changements en cours ne pourront être pris au sérieux que si les PC annoncent clairement :

a) ce qu'ils auraient changé dans leurs doctrines philosophiques, socio-économiques, etc.

b) pourquoi ils ont opéré ce changement, et quelle relation ce changement a avec la perestroïka.

3. En outre, il faut que les PC éclaircissent concrètement :

a) comment ils énoncent aujourd'hui leur position sur la liberté de l'Église Catholique et, mutatis mutandis, des autres religions ;

b) de quelle manière ils passent à concevoir la liberté des partis politiques, ainsi que des différents courants philosophiques, politiques et culturels, etc., qui découle des droits assurés à la personne humaine par le Décalogue ;

c) s'ils ont changé - et en quoi leurs doctrines et leurs projets législatifs, en ce qui concerne les institutions de la famille, de la propriété et de la libre initiative ;

d) et, enfin, s'ils considèrent leur new-look comme un ordre de choses doté d'une raisonnable stabilité, ou comme simple étape d'un processus évolutif tendant vers d'autres positions ;

e) dans ce dernier cas, quelles sont ces positions ?

Sans ces éclaircissements, le hâtif ravalement de façade des PC aux couleurs socialistes ne donne pas la moindre garantie de ce que les communistes aient effectivement changé de doctrine.

V - Pourquoi combattaient-ils implacablement les anticommunistes, lesquels dressaient des barrières contre la pénétration du malheur soviétique dans leurs pays ?

Cependant, il y a plus grave. Pourquoi ces leaders communistes disséminés à travers le monde ont-ils ajouté au mensonge trompeur du silence organisé sur le « paradis » soviétique, la détraction systématique et infatigable, au fil de sept décennies, contre tous ceux qui - individus, groupes ou courants - se dévouaient pour éviter à leurs patries le malheur soviétique, en ouvrant sur celui-ci les yeux de l'opinion publique ?

Les réseaux internes au service de l'adversaire moscovite

Pour cette diffamation, d'une torrentialité et d'une continuité diluviennes, les PC ont eu l'habileté de se munir de réseaux entiers d'auxiliaires qui, installés dans des catégories sociales peu suspectes de favoriser le communisme, comptaient dans leurs rangs un nombre considérable d'innocents utiles (NdT : cette expression de Lénine bien connue est souvent traduite en français par « imbécile utile » ou « idiot utile »), d'adroits exécutants de la tactique du céder pour ne pas perdre, etc. Le tout conçu et résolu dans chaque pays avec les nuances requises par les circonstances locales.

Les innocents utiles des clercs, bourgeois et politiciens qui n'attaquaient pas le communisme, mais entretenaient un incessant déluge de diffamations contre les organisations anticommunistes

Les innocents utiles étaient habiles à effacer la notion de la nocivité du communisme, et de son importance comme péril prochain pour chaque pays. Un innocent utile était de préférence un clerc à l'apparence conservatrice, un paisible et insouciant bourgeois, un politicien que l'on aurait dit entièrement absorbé par la chicane, la mesquinerie et les salmigondis a-idéologiques d'une politique de bas étage. Et ainsi de suite. Ils affectaient d'ignorer le peu que les médias finissaient tout de même par diffuser sur les misères internes du régime communiste. Aucun ne se rendait compte des progrès de l'offensive rouge, dans la vie interne du pays. Aucun ne craignait pour demain un coup de force communiste et, moins encore, une victoire communiste. Chacun vivait tranquille, répandant l'insouciance autour de soi.

Tout cela impliquait pour eux de créer autour de l'anticommunisme un climat de prévention et de mépris, symétrique et opposé au climat de sympathie et de confiance que leur ingénuité même, si rarement sincère, avait constitué au profit du communisme.

Le communisme ne s'est jamais privé de mettre aussi à profit la collaboration de sots, dont l'Écriture dit qu’« infinitus est numerus » (Eccles. 1, 15) dans l'ensemble de l'humanité, et « quorum parvus est numerus » parmi les rouges.

Notez bien que, la plupart du temps, les innocents utiles ne prenaient pas l'initiative de parler contre les personnalités ou groupes anticommunistes, parce qu'ils préféraient les ignorer systématiquement.

Cependant, quand, dans une conversation, quelqu'un rapportait quelque fait infamant en l'attribuant à tel ou tel personnage ouvertement anticommuniste, l'innocent utile était celui qui se montrait le plus empressé à y croire, à s'en indigner et à ajouter quelque détail (vraisemblable ou invraisemblable) propre à « le confirmer ».

Au contraire, si quelqu'un, dans la même conversation, racontait quelque fait malédifiant sur un personnage ou groupe communiste, l'innocent utile, muni des doutes systématiques d'une méthode d'analyse bienveillante, se mettait immédiatement à plaider l'innocence ou les circonstances atténuantes en faveur de l'incriminé, se désolait devant le risque que des investigations policières inopportunes viennent troubler la tranquillité des personnes ainsi visées, etc. Ce en quoi il pouvait manifester une certaine dose d'équité et de bon sens. Mais surtout de partialité rusée et bien déguisée en faveur du communiste. Pour mettre cela en évidence, il suffit de prendre en considération que, toutes ces mines doucereuses, l'innocent utile ne les avait qu'en faveur de personnages et de groupes de gauche. Et au grand jamais en faveur de personnages de droite.

Dans tout ce comportement, l'ingénieux, innocent utile n'avait jamais un mot pour prôner le communisme. Précaution indispensable... Car, s'il faisait en quelque chose l'éloge du communisme, il éveillerait les soupçons, cesserait de paraître innocent et, par conséquent, cesserait d'être utile.

La tâche d'autres innocents utiles

D'autres innocents utiles jouaient un rôle tactique particulier.

Eux non plus ne devraient jamais dire une parole explicite en faveur du communisme. Leur tâche essentielle consistait à « échauffer » le penchant à gauche de tous ceux qui n'étaient pas encore communistes, en les entrainant ensuite à collaborer, même partiellement, avec leur PC respectif. Par exemple, dans un cercle de fermiers d'une opposition quelque peu indolente à la Réforme agraire, ce type d'innocent utile devait seulement déplorer l'improductivité de certaines grandes propriétés, et porter les plus réceptifs de ses interlocuteurs à une action contre la grande propriété en général. Et donc à une action agro-réformiste apte à réaliser, au moins en partie, le plan de Réforme agraire intégral, qui est l'objectif visé par le communisme.

C'est ainsi que les communistes et les innocents utiles ont agi comme un front unique en faveur d'une Réforme agraire modérée.

Mais c'était seulement une première étape.

Dans ce groupe « modéré », le même innocent utile initial « échaufferait » certains en faveur d'un fractionnement confiscatoire, non seulement de la grande propriété, mais aussi des propriétés de taille moyenne. C'était une invitation implicite à ce que, une fois obtenu ce nouveau résultat, tous les gens de gauche s'acheminent avec lui, sur un front unique, vers la nouvelle étape, c'est-à-dire la réforme confiscatoire de toutes les propriétés rurales, grandes ou petites.

Ainsi se trouverait atteint l'objectif agraire ultime du communisme.

Autres coopérateurs du communisme

De même, on pourrait parler de ceux qui appliquent la tactique du céder pour ne pas perdre, etc. Mais cela ne ferait qu'allonger excessivement le présent travail.

Pour avoir un tableau général de ce qu'est la progression du communisme dans un pays, il faut avoir en vue, au moins, ce qui vient ici d'être décrit.

Le caractère sinistre de ce tableau réside, principalement, dans ce que la destinée communiste préparée au pays en jeu a elle-même de sinistre.

La tentative de démolition par la calomnie : l'innocuité des tonnerres de propagande déclenchés contre la TFP

Mais il consiste aussi dans l'injustice raffinée, avec laquelle, au service de la progression de l'ennemi, on cherche à couvrir de calomnies chuchotées et de source anonyme, et ainsi à noyer dans les eaux sales de la diffamation, les personnes ayant pour « faute inexpiable » de défendre leur pays contre ceux qui veulent lui imposer le terrible destin sous le poids duquel se débat, gémit et se révolte un nombre croissant de nations ou ethnies captives.

Parfois, ces offensives, encouragées et soutenues par le communisme, quand elles ne sont pas, directement ou non, suscitées par lui, ne se sont pas limitées aux calomnies chuchotées, mais ont grossi au point de prendre les proportions de véritables tonnerres de propagande promus à grand fracas contre la TFP brésilienne au cours de ces 24 dernières années. Ce sont au total douze campagnes. Chacune d'elle se soulève comme un ouragan dévastateur, auquel il semble que la TFP ne résistera pas.

Cet ouragan rencontre d'emblée le soutien de tous les clans d'innocents utiles disséminés à travers le pays, avec leurs équipes diversifiées et infatigables de détracteurs, spécialement habiles à opérer au sein des familles, des sacristies, des clubs et des groupes professionnels.

Tandis que tout murmure, tout bouillonne, tout crie, la TFP prépare tranquillement sa réplique. Et quand celle-ci enfin paraît, toujours sereine, courtoise, mais implacablement logique, l'argumentation de notre organisme fait taire l'adversaire. Celui-ci ne réplique presque jamais, et regagne le fond de ses antres. Ses supporters en tout genre font de même. Graduellement, tout le monde met tout dans « l'oubli » : l'ennemi bat en retraite, sans que, dans la généralité des cas, la TFP ait perdu un seul membre, coopérateur ou correspondant, un seul bienfaiteur, ami ou sympathisant.

Et même si ces « tonnerres » cherchent, autant que possible, à se répandre par toute la terre, rien n'a empêché que la grande famille des TFP sœurs et autonomes - dans le monde d'aujourd'hui, le plus grand ensemble d'organisations ouvertement anticommunistes s'inspirant du Magistère traditionnel de l'Église continue à croître. Et cela à tel point, qu'il existe actuellement des TFP sur tous les continents.

* * *

Pendant ce temps-là, sont venus les jours de Gorbatchev, lesquels débouchent sur ce que l'on voit. Et maintenant la vérité des faits en Russie soviétique et dans l'immense ensemble de nations subjuguées devient patente aux yeux de tous.

Les TFP ont le droit de communiquer au public ces réflexions, et d'interpeller spécialement leurs opposants les plus directs, les leaders communistes de l'Occident.

VI - La grande croix : la lutte contre les frères dans la Foi

Toutefois, même si ces réflexions doivent encore s'allonger, à cause de la complexité du thème abordé, elles ne pourraient omettre un point capital.

C'est la longue mésentente - à tant de titres douloureuse - avec un grand nombre de frères dans la Foi.

De Pie IX à nos jours

Déjà dans les jours difficiles et glorieux du pontificat de Pie IX (1846- 1878), la collection des documents pontificaux laisse voir l'opposition radicale et irréductible entre la doctrine traditionnelle de l'Église, d'un côté, et, de l'autre, les divagations sentimentaloïdes du communisme utopique, ainsi que l'assaut fielleux et pédant du communisme scientifique, ou marxiste.

Cette incompatibilité n'a fait que s'approfondir au cours des pontificats postérieurs, comme le démontre, par exemple, l'affirmation lapidaire de Pie XI, contenue dans l'Encyclique Quadragesimo Anno de 1931 : « Le socialisme (...) se fonde (...) sur une conception de la société humaine qui lui est propre et qui est inconciliable avec le christianisme authentique. Socialisme religieux, socialisme chrétien sont des termes qui hurlent de se trouver ensemble : personne ne peut être à la fois bon catholique et se dire vrai socialiste » (Acta Apostolicae Sedis, vol. XXIII, p. 216). De façon encore plus remarquée, le fameux décret de 1949, de la Sacrée Congrégation du Saint-Office, promulgué par ordre de Pie XII, a interdit à tous les catholiques de collaborer avec le communisme, en punissant même certaines formes de collaboration par l'excommunication.

De pareils actes pontificaux visaient, d'un côté, à empêcher le glissement de catholiques dans les rangs du communisme. Mais aussi l'infiltration de communistes dans les milieux catholiques, sous prétexte d'une collaboration pour résoudre certains problèmes socio-économiques.

Ce point était particulièrement important, puisqu'en tendant la main aux catholiques (« politique de la main tendue ») pour cette fallacieuse collaboration, les communistes déclarés et notamment les innocents utiles de toutes nuances entraient dans une fréquentation familière et assidue avec les catholiques, créant un climat propice pour séduire, avec la pensée et l'action marxistes, un nombre considérable de fils de l'Église.

L'ère de l'Ostpolitik vaticane

À travers toute l'immense machine de propagande du communisme international, depuis le Kremlin jusqu'à la plus effacée des cellules communistes de village, on a commencé à relever, dans le monde entier, une série d'attitudes visant la détente, que ce soit à l'égard de l'ensemble des nations libres de l'Occident, ou des diverses églises, et notamment à l'égard de la Sainte Église Catholique.

D'où une nouvelle attitude de celles-là et de celle-ci à l'égard du monde d'au-delà du rideau de fer. Ce changement s'était déjà manifesté sous le pontificat du successeur immédiat de Pie XII, le Pape Jean XXIII (1958-1963). Et cette tendance à la détente s'est prolongée jusqu'à nos jours.

En 1969, avec l'inauguration de l'Ostpolitik du Chancelier Willy Brandt, ce vocable allemand est entré en vogue dans les médias. De la sorte, il a fini par s'appliquer aussi à la politique de détente du Vatican. En réalité, d'ailleurs, celle-ci a précédé chronologiquement celle de Bonn.

Évidemment, après Pie XII, il y a eu une immense modification dans la ligne diplomatique du Vatican, vis-à-vis du monde communiste. Cette matière comporte, assurément, des aspects doctrinaux, qui dépendent du Magistère Suprême du Pontife Romain. Mais, essentiellement, elle est d'ordre diplomatique et, strictement en tant que telle, elle peut être l'objet d'appréciations diverses de la part des fidèles.

Aussi, nous n'hésitons pas à affirmer que les avantages obtenus par la cause communiste avec l'Ostpolitik du Vatican n'ont pas seulement été grands, mais littéralement incalculables. Nous en avons un exemple avec ce qui s'est passé lors du Concile Vatican II (1962-1965).

De fait, ce fut dans l'atmosphère des débuts de l'Ostpolitik vaticane que furent invités les représentants de l'Église gréco-schismatique (« orthodoxe ») russe pour suivre, en qualité d'observateurs officiels, les séances de ce Concile. Quels avantages pour la Sainte Église ? D'après ce que l'on sait jusqu'à présent, ils sont extrêmement maigres, squelettiques. Quels inconvénients ? Nous n'en mentionnerons qu'un.

Sous la présidence de Jean XXIII et ensuite de Paul VI, s'est réuni le Concile œcuménique le plus nombreux de l'Histoire de l'Église. Il était établi qu'on y traiterait de toutes les plus importantes questions d'actualité, en rapport avec la cause catholique. Parmi ces questions ne pourrait manquer de figurer - absolument pas - l'attitude de l'Eglise face à son plus grand adversaire de ces jours-là. Un adversaire si complètement opposé à sa doctrine, si puissant, si brutal, si rusé, comme l'Eglise n'en avait jamais rencontré de pareil dans son Histoire alors déjà presque bimillénaire. Traiter des problèmes religieux contemporains sans traiter du communisme serait aussi déficient que de réunir aujourd'hui un congrès mondial de médecins sur les principales maladies de l'époque et d'y omettre toute référence au SIDA...

C'est précisément ce que l'Ostpolitik vaticane a accepté de la part du Kremlin. Celui-ci avait déclaré que si, dans les séances du Concile, le problème communiste était abordé, les observateurs ecclésiastiques de l'Église gréco-schismatique russe se retireraient définitivement de l'auguste assemblée. Sensationnelle rupture de relations qui faisait frémir de compassion de nombreuses âmes sensibles, car tout donnait à craindre, à partir de là, une recrudescence des barbares persécutions religieuses au-delà du rideau de fer. Et, pour ne pas risquer cette rupture, le Concile n'a pas traité du SIDA communiste !

La main tendue était couverte par un beau gant : le gant de velours de la cordialité. Mais, dans le gant, la main était de fer. Les plus hautes autorités de l'Église le sentaient. Mais cela ne les a pas empêchées de poursuivre l'Ostpolitik. Ce qui amena un nombre croissant de catholiques à prendre vis-à-vis du communisme une attitude intérieure équivalant à une véritable « chute des barrières idéologiques ». Et, sur le terrain de l'action concrète, à collaborer chaque fois plus avec la gauche dans l'offensive contre le capitalisme privé, et en faveur du capitalisme d'État, dans l'illusion de ce que le premier était opposé à l'« option préférentielle pour les pauvres », tandis que le second aurait plusieurs affinités (ou même plus que cela) avec cette option tant préconisée par l'actuel Pontife. Oh quel cruel démenti leur a infligé le capitalisme d'État !

La TFP dans la tourmente

Tout cet enchaînement de faits vraiment dramatiques ne pouvait manquer d'inquiéter profondément (n'était la confiance en la Très Sainte Vierge, il vaudrait mieux dire « angoisser de façon atroce ») les membres fondateurs de la TFP. C'est pourquoi, à « l'aube » polluée et sombre de cette crise, la poignée de catholiques dont devait naître plus tard la TFP brésilienne donna l'alerte (cf. Plínio Corrêa de Oliveira, En défense de l'Action Catholique, 1943, préface du Cardinal Bento Aloisi Masella, alors Nonce Apostolique au Brésil).

L'ouvrage a été l'objet d'une expressive lettre de louange, écrite au nom du Pape Pie XII, par le Substitut à la Secrétairerie d'État du Saint-Siège, Mons. J.B. Montini, le futur Paul VI. Il en résulta incontinent une grêle de contre-attaques, qui aboutirent à ce qu'un grand nombre de milieux catholiques - pépinière de futurs communistes dans les agitations des années 1963-1964 - se ferment à notre action. Ainsi, œcuméniques en tout, et avec tous, et notamment avec les communistes, les catholiques de gauche se manifestaient dès lors inquisitoriaux à notre égard !

Il s'engagea ainsi la partie la plus douloureuse de notre lutte. Cette lutte, nous l'avions menée auparavant contre le loup dévorant. Maintenant, notre fidélité même à l'Église nous conduisait à la mener contre des brebis du même troupeau. Et, ô douleur des douleurs ! même avec des pasteurs de telle ou telle partie du bercail béni de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Toute cette lutte, si longue et semée des larmes, de la sueur et du sang des déceptions, la TFP en a donné l'histoire dans deux livres, l'un d'eux tout récent (Un demi-siècle d'épopée anticommuniste, 1980 ; Un homme, une œuvre, une geste, 1989). Ils sont à la disposition de qui veut en prendre connaissance. Il n'est donc pas nécessaire de les résumer ici.

Disons simplement qu'avec l'appui des vaillantes TFP alors existantes, respectivement en Argentine, Bolivie, Canada, Chili, Colombie, Équateur, Espagne, États-Unis, Uruguay et Venezuela, fut lancé en 1974 le document intitulé « La politique de détente du Vatican vis-à-vis des gouvernements communistes - Pour la TFP : s'abstenir ? ou résister ? », adressé au Pape Paul VI, où toutes les associations sœurs et autonomes se déclaraient avec nous en état de respectueuse résistance à l'Ostpolitik vaticane. L'esprit qui nous a conduits à cela - et qui anime également les TFP et Bureaux constitués aujourd'hui au total dans 22 pays - peut se résumer dans cette apostrophe de la même déclaration : « En cet acte filial, nous disons au Pasteur des Pasteurs notre âme est à Vous, notre vie est à Vous. Commandez-nous ce que vous voudrez. Mais pas que nous croisions les bras devant le loup rouge qui attaque. A cela notre conscience s'oppose. »

Interpellation ? - Non : appel fraternel

A vous, chers frères dans la Foi, dont la vigilance a été surprise par la rouerie communiste, ou peut encore être surprise, nous ne ferons pas une seule interpellation. De notre cœur toujours serein part, vers vous, un appel pénétré d'ardente affection dans le Christ Seigneur : devant le tableau terrible qui en ces jours se dessine à vos yeux, reconnaissez, au moins aujourd'hui, que vous avez été trompés. Brûlez ce dont vous avez favorisé la victoire. Et combattez aux côtés de ceux qu'encore aujourd'hui vous aidez à « brûler ».

Sincèrement, catégoriquement, sans ambiguïtés tendancieuses, mais avec la franchise si profondément respectable qui est inhérente à une humble contrition, tournez le dos à ceux qui vous ont cruellement trompés. Et posez sur nous votre regard, rasséréné et fraternel, de frères dans la Foi.

Tel est l'appel que nous vous faisons aujourd'hui. Il exprime nos dispositions de toujours, celles d'hier comme celles de demain.

Dans les paroles finales de ce document, notre voix se charge d'émotion, la vénération nous saisit, nos yeux filiaux se lèvent maintenant vers Vous, ô pasteurs vénérables entrés en dissentiment avec nous. Où trouver les paroles d'affection et de respect que nous voudrions déposer entre vos mains - dans vos cœurs dans un moment comme celui-ci ?

Nous ne pouvons en trouver de meilleures que, mutatis mutandis, celles que nous adressions en 1974 à feu le Pape Paul VI et que nous avons citées plus haut.

Nous les prononçons à genoux, demandant vos bénédictions et vos prières.

* * *

Les diverses interpellations énoncées aux articles II à V et l'appel aux catholiques de gauche (art. VI), la TFP les fait, à ses risques et périls, dans le présent document, publié avec l'approbation unanime des membres de son Conseil National.

Comme il est évident, chacun des interpellés - ou de ceux à qui s'adresse l'appel - est en droit de répondre.

Et, par un motif évident de proximité, cette réponse constitue non pas seulement un droit, mais un devoir, pour les leaders communistes de l'Occident et ceux de la gauche catholique.

À eux, donc, notre question finale vous tairez-vous ou parlerez-vous

La parole est à vous.

Plinio Corrêa de Oliveira
São Paulo, le 11 février 1990
Fête de Notre Dame de Lourdes


Photos :
1 - Xizdos [CC BY-SA 4.0]
2 - World War II unknown photographer [Public domain]
[1] Ce manifeste a été publié, par exemple, dans les journaux suivants : aux États-Unis, The Wall Street Journal (27/2/90) ; en Italie, Corriere della Sera (7/3/90) et Il Tempo (8/3/90) ; en Espagne, Ya (18/3/90) ; au Portugal, O Dia et O Semanario (10/3/90) ; au Brésil, Folha de Sao Paulo (14/2/90); en Bolivie, El Mundo et El Deber (4/3/90) ; au Chili, El Mercurio (2/3/90) ; en Équateur, El Comercio et El Telegrafo (14/3/90) ; au Venezuela, El Universal (13/3/90). Total : 50 journaux de 20 pays de l’Occident.

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