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Notre Dame de Paris, un regard, une vertu

De loin, elle attire. Elle invite à s’approcher. On sent qu'elle veut communiquer quelque chose. On sent qu’elle recèle milles pensées de consolation. Depuis près de 900 ans, elle est la maison de la Mère de Dieu dont la bonté, au long de ces siècles, imprégna ses pierres. En la regardant, qui n’en ressent promesses et espoirs ? Dans sa grandeur, elle n’attend pas un vœu du pèlerin, ou une promesse à accomplir si une grâce lui est accordée. Non, elle va de l'avant et fait sentir, dans les profondeurs des cœurs, son désir de venir en aide. Qui n'a besoin d'aide? Il suffit de s’approcher et d’entrer pour l’obtenir.

Et les visiteurs s’approchaient par milliers. Ces derniers temps, à presque toutes les saisons, les files d'attente pour entrer étaient longues. On attendait beaucoup plus longtemps qu’à la fin du siècle dernier. Souhaits et espérances formaient les queues. Quelles espérances? La certitude que, dans ce lieu béni par Dieu, les parties desséchées de l’âme seront arrosées de consolations qui soulageront l’aridité du monde moderne. Elle attire tant. Le visiteur perçoit intuitivement qu’au faîte de son espoir, il trouvera un lieu de rencontre avec Dieu.

Cette même espérance, un beau jour, entraîna un jeune incrédule à l'acceptation de la foi. Il a cédé à cette attraction exprimée de façon affable par l'image de Notre Dame portant son divin Fils dans ses bras et posée au centre de la grande rosace. Ce jour-là, il regardait le sanctuaire au son des cloches, à l’heure de l'Angélus, ce moment calme quand Paris fait la pause de midi. Il la regarda, s’approcha et entra. En entrant, il trouva un monde rempli de si fortes impressions qu’il en aurait été abasourdi si elles n’avaient été aussi calmes et aussi ordonnées. Tranquillement il fait le tour de la nef les yeux fixés tantôt sur les hautes voûtes, tantôt sur le flot des couleurs déversées par les vitraux dans la pénombre accueillante du temple. « Je vois l'église ouverte, écrivit-il. Il faut entrer. » En entrant, il dit simplement, « Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier. Je n’ai rien à offrir et rien à demander. Je viens seulement, Mère, pour vous regarder. Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes. » Ce jeune homme se convertit et se fit connaître dans le monde catholique. C’était l'écrivain Paul Claudel.

« En ce lieu où vous êtes. » Claudel sentait un réconfort tout particulier d'être avec la Mère de Dieu, dans cette cathédrale. Et, dans la cathédrale, sa conversion eut lieu. Converti, il exprime en poésie l'appel fait par ce lieu sacré à tous ceux qui le regarde. Cet appel s’est intensifié depuis lors. D’innombrables âmes, entraînées par les orages de la vie contemporaine, le ressentent particulièrement. Depuis la conversion de Claudel, la cathédrale est restée immuable, mais le monde s’est éloigné de Dieu. La voir aujourd’hui à partir du gouffre hideux de ce siècle veut dire la voir rayonnante d’une splendeur qu’elle semblait ne pas montrer il y a un siècle. Au regard fatigué de la hideur contemporaine, la luminosité de la cathédrale rayonnait resplendissante. Son attrait s’accroissait toujours aux yeux fatigués de ce siècle. 

La regarder de près, c’était tout ce que Claudel voulait. La regarder « parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui, parce que vous êtes là pour toujours ». La soif des vertus éternelles l'appelait à Notre-Dame. La même soif agit aujourd'hui et, pour beaucoup de gens, avec plus d’empressement.

Sa Majesté immobile met en mouvement de nobles sentiments. Elle attire prodigieusement. Elle s’associe à la prière de saint Augustin au Saint Esprit : « Versez votre rosée sur cette terre déserte et faites cesser sa longue aridité. » Cette rosée peut bien être l'autre nom de cette douce attraction exercée par la Mère de Dieu sur ses enfants affairés. Plinio Corrêa de Oliveira, commentant ce même morceau de la prière, faisait remarquer que de nombreuses âmes de ce monde, en proie à leurs défauts, ressentent, avec leur insuffisance, une solitude intérieure. Quelques-uns se bercent de l'illusion de trouver en ce monde le remède à leur aridité. Il ne peut y avoir de plus grande erreur, car les profondeurs du cœur humain sont difficiles à discerner et son obscurité complique la perception de ce qui se passe en lui. Ce monde ne peut pas le comprendre.

Qui ne ressent aujourd'hui cette obscurité complexe et orageuse ? Le resplendissement de Notre-Dame ne serait-il pas la lumière intérieure qui attire les âmes, errant dans un monde sans foi, comme un jour elle attira Claudel ? La recherche d’une lumière intérieure ne serait-elle pas l'attrait exercé par la grandeur de ce temple sur tant de gens qui, en y entrant, y trouvent la sublimité ? Au milieu de la sécheresse spirituelle de ce siècle Notre Dame, dans sa maison, envoie la lumière de son affection maternelle au fond des cœurs. Marie tient de son Fils le pouvoir de guérir. Elle répète des merveilles semblables à celles faites par son divin Fils : comme à Capharnaüm où une femme, venue à Lui par derrière, toucha le bord de son vêtement et fut guérie instantanément. Jésus se rendit compte qu'une vertu était sortie de Lui. Il regarda tout autour pour voir qui L'avait touché (Marc 5,30). Toucher Notre-Dame signifie porter sur elle un regard. Un regard seulement. Et ensuite entrer. Et puis la visiter. Voilà ce que Marie dans Sa cathédrale demande afin de dissiper tant d'obscurité intérieure.

Le 15 avril, un incendie a dévasté la partie supérieure de la cathédrale et, avec elle, sa flèche svelte et hardie. La flèche la sublimait, c’était l’envol vers l'infini. Elle symbolisait le doigt de Dieu pointant vers le ciel (M. Proust). À l’intérieur, les piliers et les voûtes, les rosaces et les nuances de pénombre témoignaient de la clémence de Marie et donnaient au cœur le sentiment du Ciel. À l‘extérieur, la flèche était la confirmation de ce même sentiment. De loin, la flèche figurait le héraut de ces grandeurs pour celui qui s’approchait. Quand on la quittait, elle nourrissait chez celui qui s’éloignait, le souvenir de ces espaces intérieurs bénis où « la douceur de Notre Dame communiquait à l’âme force et vigueur » (Plinio Corrêa de Oliveira).

Le comte de Montalembert (1810-1870) décrit l'église médiévale de Marburg, en Hesse, située sur les rives charmantes de la rivière Lahn. L’église était en ruines. Sainte Elisabeth de Hongrie  (1207-1231) y avait été enterrée. Montalembert eut cette observation: « La foi, qui avait laissé son empreinte profonde sur la froide pierre, n’en avait laissé aucune dans le cœur. » Les pierres dévastées portaient encore la beauté médiévale du lieu où la grande sainte avait reposé. Les cœurs des hommes étaient devenus sans pitié. D'où la ruine de l'église. Cette pensée arrive au moment où l’on pense à la restauration de la cathédrale Notre-Dame. Comment se fera-t-elle ? À l’identique de ce qu'elle était ? Les autorités ecclésiastiques et civiles responsables conserveront-elles sur le corps sacré de la cathédrale les éléments rayonnants de foi comme ils existaient jusqu'à l'outrage récent des flammes? Ou bien, ces mêmes flammes auront-elles éteint pour toujours tant de charme et de vertus irradiées par Marie ?

Nelson Fragelli


Photo : Gpesenti [CC BY-SA 3.0]

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